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Estelle Youssouffa votera la censure et avance 54 millions dépensés sur 674 pour la refondation

La députée de Mayotte conteste aussi le calendrier des 100 millions promis aux collectivités. Avant le vote des crédits Outre-mer, l'Assemblée devrait obtenir l'état d'exécution 2026 des dépenses pour Mayotte, ligne par ligne.

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Estelle Youssouffa votera la censure et avance 54 millions dépensés sur 674 pour la refondation
Photo : Le conseil départemental (Mamoudzou, Mayotte) (34746660561) — Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Cinquante-quatre millions d'euros. C'est, selon Estelle Youssouffa, ce qui aurait réellement été dépensé en 2026 sur les 674 millions prévus pour la refondation de Mayotte. La députée, membre du groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires (LIOT), a avancé ce chiffre jeudi 16 octobre dans l'émission Zakwéli de Mayotte la 1ère, où elle a annoncé qu'elle voterait toute motion de censure déposée contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, rapporte Mayotte Hebdo. « Je ne censure pas gratuitement. Je censure le manque d'actions du gouvernement à Mayotte », a-t-elle déclaré.

Le 11 octobre, nous écrivions ici que le budget 2027 laissait les Mahorais sans tableau de bord pour suivre les crédits de la reconstruction. Cette fois, la menace de censure donne à la querelle de chiffres un poids nouveau pour le gouvernement, au moment où l'Assemblée examine depuis le 13 octobre la première partie du projet de loi de finances.

De 674 à 668 millions pour la refondation

D'après Mayotte Hebdo, le projet de budget prévoit une hausse de 10 % des crédits du ministère des Outre-mer, la reconduction de l'aide de 100 millions d'euros au Département-Région, ainsi que 307 millions d'euros d'autorisations d'engagement et 261 millions de crédits de paiement pour Mayotte en 2027. Estelle Youssouffa retient surtout l'enveloppe de la refondation, affichée à 668 millions d'euros pour 2027 contre 674 millions l'année précédente. Elle conteste aussi le calendrier des 100 millions de crédits de paiement destinés aux collectivités locales. Selon elle, « on aurait dû les recevoir cette année ».

La distinction entre autorisations d'engagement et crédits de paiement explique une bonne part du malentendu. Les premières permettent de signer des marchés, les seconds servent à payer les factures au fil des travaux. Un budget peut donc afficher des centaines de millions d'engagements sans qu'un seul chantier ait démarré. À notre connaissance, le ministère des Outre-mer n'a ni confirmé ni démenti le chiffre de 54 millions avancé par la députée, et aucune réponse publique du gouvernement à ses critiques ne nous est parvenue.

Au Parlement, l'opposition de la députée passe aussi par des amendements. Au projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027, elle a déposé le 16 octobre, avec plus de vingt cosignataires, l'amendement n° 1670 à l'article 4, qui repousse d'un an les dates limites prévues pour les plans d'apurement et l'annulation partielle des dettes sociales des entreprises mahoraises après Chido. Elle y écrit : « Si notre groupe soutient l’esprit de ce dispositif, il ne peut se satisfaire des dates proposées. » L'amendement fait valoir que le texte ne sera pas promulgué avant début décembre 2026 au plus tôt, ce qui rendrait inutilisables des échéances fixées au 31 octobre et au 30 novembre. Un amendement de repli, le n° 1677, propose un report de six mois. Le site de l'Assemblée nationale n'indiquait pas encore leur sort.

Un état d'exécution ligne par ligne avant la séance

Le vote d'une seule députée ne décide pas du sort d'une motion, et Mayotte Hebdo note que le Parti socialiste agite lui aussi cette menace. Voter ou non la censure regarde chaque parlementaire et ses électeurs. Ce débat ramène toutefois sur la table une question que les Mahorais se posent depuis des mois et à laquelle ni le gouvernement ni le Parlement n'ont encore répondu par un document public.

Combien d'argent de la refondation a été payé, à qui, et pour quels chantiers ? Que les 54 millions soient exacts ou non, l'écart affiché avec les 674 millions prévus appelle une explication par programme, et le gouvernement aurait tout intérêt à publier ses propres chiffres. Les rapporteurs de la mission Outre-mer à l'Assemblée peuvent demander dès maintenant au ministère un état d'exécution 2026 des crédits consacrés à Mayotte, ligne par ligne, et le joindre à leur rapport avant l'examen de la mission en séance. Les 100 millions attendus par les communes et le Département-Région devraient figurer dans ce document avec une date de versement.

Une telle publication couperait court à une bataille de chiffres que personne, à Mayotte, ne peut aujourd'hui arbitrer. Elle permettrait aussi aux maires de savoir s'ils peuvent lancer leurs appels d'offres avant la saison des pluies. La seconde partie du projet de loi de finances, celle qui porte les crédits des missions, doit encore venir en discussion à l'Assemblée. Le ministère des Outre-mer pourra difficilement se présenter devant les députés sans chiffres d'exécution pour Mayotte.

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