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Le mouvement lycéen ne doit pas se laisser confisquer par les pierres

Depuis notre billet sur les revendications des lycéens, la mobilisation a basculé par endroits dans la violence, de Kawéni à Sada et Chirongui. Des cours ont été suspendus et des parents ont gardé leurs enfants. Les élèves ont pourtant montré qu'une autre voie existe, et le rectorat doit maintenant leur donner raison sur le fond.

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Le mouvement lycéen ne doit pas se laisser confisquer par les pierres
Photo : Vue-Sada-Mayotte — Christophe Laborderie, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Mercredi 7 octobre, 6 h 55, devant le lycée de Sada. Les élèves manifestent pour réclamer des professeurs et des moyens quand des rixes éclatent entre bandes rivales devant l'établissement. Les lycéens sont confinés à l'intérieur le temps que les gendarmes repoussent les jeunes, puis les bus viennent les chercher. Il n'y a ni blessé ni interpellation, précise Mayotte la 1ère, mais une journée de cours de plus est perdue.

Nous avions consacré un billet, le 7 octobre, aux revendications très concrètes des élèves du lycée Younoussa-Bamana, du papier toilette aux salles manquantes. Ce qui est nouveau depuis, c'est la tournure prise par le mouvement dans plusieurs communes, et la réponse qu'y apportent parents, enseignants et rectorat.

Ce que l'on sait

Mardi 6 octobre, à Chirongui, des affrontements ont opposé des jeunes aux forces de l'ordre vers 7 heures devant le lycée Tani Malandi. Selon Mayotte la 1ère, il s'agissait en grande partie d'individus non scolarisés venus profiter du mouvement pour caillasser. Des habitants du village se sont postés à des points stratégiques, ont interpellé un jeune et l'ont remis à la gendarmerie. « Nous parents, sommes complètement rangés derrière nos enfants », a déclaré l'un d'eux, tout en condamnant une violence qui discrédite la mobilisation. Le lendemain, les parents ont décidé de ne pas envoyer leurs enfants en cours. Après une réunion avec la direction, la mairie, les syndicats et la gendarmerie, la reprise a été fixée au jeudi, avec un temps d'échange sur l'impact psychologique de ces violences.

À Kawéni, le même mardi, Mayotte Hebdo décrit deux ambiances à quelques centaines de mètres de distance. Au lycée des Lumières, les élèves avaient préparé leur mobilisation avec la direction lors d'un conseil de la vie lycéenne. Ils ont manifesté à l'intérieur de l'enceinte, encadrés notamment par des représentants syndicaux, pour éviter que des jeunes extérieurs ne s'y greffent. Autour du lycée polyvalent voisin, au contraire, des jeunes se sont heurtés aux forces de l'ordre, qui ont fait usage de gaz lacrymogène. Selon le journal, une partie des fauteurs de troubles seraient des jeunes non scolarisés du quartier. Aucun bilan officiel n'avait été communiqué.

Mercredi matin, L'info Kwezi constatait un retour au calme à l'ouverture de Younoussa-Bamana et de Tsararano, sous présence préventive des forces de l'ordre. Le même média a ensuite rapporté que des incidents avaient éclaté en marge d'un cortège à Mamoudzou dans la matinée, avec deux interpellations dont les circonstances restaient à confirmer.

Côté institution, la rectrice Valérie Debuchy a réuni le mardi un conseil académique exceptionnel de la vie lycéenne et collégienne, avec des représentants d'élèves, de parents, le transporteur Transdev et le Conseil départemental. Le rectorat cite parmi les préoccupations communes les rythmes scolaires, les transports, l'état des bâtiments, l'hygiène, la restauration, la sécurité et la santé mentale. Les élèves sont invités à déposer leurs doléances sur la plateforme nationale Agora, ouverte jusqu'au 23 octobre.

Deux mobilisations qui ne se ressemblent pas

Il faut se garder de tout amalgame. Les élèves qui réclament des sanitaires propres et des professeurs ne sont pas ceux qui lancent des pierres, et les premiers sont souvent les premières victimes des seconds. À Chirongui comme à Kawéni, les témoignages recueillis par la presse vont dans le même sens. La violence serait venue en grande partie de jeunes extérieurs aux lycées, qui ont profité d'un rassemblement, et à Sada ce sont des rixes entre bandes qui ont interrompu la manifestation. Elle a des causes profondes, comme la déscolarisation, l'ennui et les rivalités de quartier, qui méritent elles aussi des réponses, mais elle n'a rien à voir avec le cahier de doléances des lycéens.

Le risque, maintenant, est double. Que le débat public ne retienne que les images de gaz lacrymogène et oublie les revendications. Et que les fermetures préventives d'établissements, compréhensibles, finissent par priver les élèves de cours plus sûrement que n'importe quel blocus. Un lycéen de terminale qui perd une semaine en octobre la paiera en juin.

L'exemple des Lumières montre pourtant qu'il est possible de manifester sans se mettre en danger. Une mobilisation préparée avec la direction, dans l'enceinte, encadrée par des adultes, a permis aux élèves de parler sans laisser la place aux casseurs. Le geste des parents de Chirongui, qui ont protégé leur lycée sans renoncer à soutenir leurs enfants, va dans la même direction.

Notre avis

Les lycéens ont fait leur part. Ils ont exprimé des besoins précis, souvent modestes, et beaucoup l'ont fait dans le calme. C'est maintenant aux adultes de prouver que la voie pacifique paie. Si la seule réponse visible reste une plateforme en ligne et des réunions, le message envoyé sera désastreux, car il laissera croire que seul le désordre fait bouger les choses.

Le rectorat promet un « travail approfondi » sur les réponses à court terme. Il doit dire lesquelles et quand. Les rotations de bus qui obligent des élèves à partir à 5 heures pour rentrer vers 20 heures, comme le décrit Mayotte Hebdo, relèvent du Département et de son transporteur. Les sanitaires et le papier toilette relèvent des budgets de fonctionnement. Ce sont des sujets qui peuvent avancer en quelques semaines, sans attendre une loi de programmation.

Quant à la sécurité aux abords des lycées, elle ne peut pas reposer sur des parents bénévoles postés aux carrefours. Leur engagement force le respect, mais ce n'est pas leur rôle.

Des pistes concrètes

Le rectorat pourrait publier, établissement par établissement, la liste des demandes recueillies et un calendrier de réponse, avec un premier point d'étape avant les vacances de fin d'année. Le Département et Transdev ont les moyens de revoir rapidement les rotations les plus longues. Le modèle des Lumières, avec une expression encadrée dans l'enceinte, mérite d'être proposé partout où les élèves veulent poursuivre la mobilisation. Enfin, une présence policière et de médiateurs aux heures d'entrée et de sortie, concertée avec les mairies, protégerait les élèves sans transformer chaque manifestation en face-à-face avec les gendarmes.

Les élèves ont demandé à être écoutés. La meilleure façon de désarmer ceux qui lancent des pierres, c'est de montrer que leurs camarades ont eu raison de parler.

Sources

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