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Le préfet de Mayotte annonce 300 interpellations sans dire combien ont conduit devant un juge

Sur Kwezi TV, le 15 octobre, Frédéric Poisot a fixé une opération d'ampleur par semaine et donné ses pourcentages, 54 % de gardes à vue et la plupart des autres interpellés reconduits. En mai, le parquet chiffrait déferrements et mandats de dépôt de l'opération Kingia. Ce détail manque aujourd'hui.

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Le préfet de Mayotte annonce 300 interpellations sans dire combien ont conduit devant un juge
Photo : Padzas de Vahibé — Frédéric Ducarme, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le préfet de Mayotte a livré jeudi 15 octobre, sur Kwezi TV, un premier bilan chiffré de son action contre la délinquance depuis son arrivée. Environ 300 interpellations, dont 54 % suivies d'une garde à vue, et pour la plupart des autres une reconduite à la frontière. Ces pourcentages complètent l'article publié ici la veille sur Vahibé. Ce que la justice a fait des personnes gardées à vue n'y figure pas en nombres.

Une opération d'ampleur chaque semaine

Invité de la matinale de Kwezi TV, Frédéric Poisot a fixé un objectif d'une « opération d'ampleur » par semaine, avec 90 à 150 gendarmes mobilisés à chaque fois, selon L'info Kwezi. Ces opérations visent les secteurs difficiles d'accès. Celle du mardi 13 octobre à Vahibé a fait trois blessés parmi les policiers, dont un gravement atteint, d'après le même média.

Le préfet, installé le 18 mai 2026 selon info.fr, a avancé environ 300 interpellations depuis son arrivée. Il n'a pas précisé, dans les propos rapportés, si ce total englobe les derniers jours de l'opération Kingia, close le 28 mai. Parmi ces personnes, 54 % ont été placées en garde à vue. Pour 80 % de ces gardés à vue, une réponse pénale a été apportée. La majorité des autres interpellés ont été reconduits à la frontière. Le préfet a aussi jugé le 17 « trop peu utilisé », avec 2,5 appels par heure, et souligné le poids des violences intrafamiliales et sexuelles commises au domicile.

Le rythme hebdomadaire avait déjà été annoncé en juin. Le 26 juin, 97 gendarmes ont mené un contrôle de zone dans deux quartiers d'habitat informel de Dzoumogné, la préfecture affichant comme objectif la lutte contre la délinquance et contre l'immigration irrégulière, rapportait info.fr. Le 16 juin, 112 policiers et gendarmes avaient été déployés à Tsoundzou.

L'opération Kingia, lancée au printemps, avait fait l'objet d'un premier bilan le 22 mai à Kawéni. Le préfet et le procureur de la République Guillaume Dupont y annonçaient, selon Mayotte la 1ère, 467 interpellations et 429 gardes à vue dont 30 % de mineurs, puis 160 déferrements, plus de 70 comparutions immédiates et 65 mandats de dépôt.

Les chiffres

  • Environ 300 interpellations depuis le 18 mai 2026, dont 54 % suivies d'une garde à vue (préfet de Mayotte, Kwezi TV, 15 octobre 2026)
  • 80 % de réponse pénale pour les personnes placées en garde à vue (préfet de Mayotte, Kwezi TV)
  • 90 à 150 gendarmes par « opération d'ampleur », à raison d'une par semaine (L'info Kwezi)
  • 429 gardes à vue, 160 déferrements et 65 mandats de dépôt au premier bilan de Kingia (préfet et procureur, Mayotte la 1ère, 22 mai 2026)
  • 2,5 appels par heure au 17 à Mayotte (préfet de Mayotte, Kwezi TV)

Ce que recouvrent les 300 interpellations

Au premier bilan de Kingia, 429 des 467 personnes interpellées étaient passées en garde à vue, soit plus de neuf sur dix. Si les 300 interpellations annoncées jeudi portent bien sur les opérations conduites depuis, la proportion tombe à un peu plus d'une sur deux. Cela fait environ 160 gardes à vue et près de 140 personnes qui n'en ont pas fait l'objet, reconduites pour la plupart.

Kingia ciblait des chefs de bande, avec un objectif de 70 personnes que le préfet disait avoir dépassé, ce qui explique sans doute une partie de l'écart. Les contrôles de zone portent sur des quartiers entiers, comme ceux de Dzoumogné en juin, et la préfecture leur fixe elle-même un objectif migratoire à côté de l'objectif de sécurité. Or une reconduite à la frontière sanctionne une situation administrative. Elle ne renseigne en rien sur une participation aux violences, alors que ce sont bien les caillassages et les barrages qui motivent, dans la communication officielle, l'envoi de forces importantes comme à Vahibé le 13 octobre.

En mai, le parquet citait des nombres précis pour chaque étape de la procédure. Jeudi, le bilan tenait en pourcentages, et la « réponse pénale » de 80 % recouvre des suites très diverses, de la comparution immédiate à l'avertissement pénal probatoire ou à la composition pénale. Avec ces seuls éléments, personne ne peut savoir combien d'auteurs de violences ont été présentés à un juge.

Je soutiens une présence régulière des forces de l'ordre dans les quartiers où la route est coupée à coups de pierres. Les trois policiers blessés à Vahibé montrent les risques qu'elle fait courir aux agents. Mais un total qui additionne procédures pénales et éloignements administratifs mesure d'abord l'activité des services, et un habitant de Vahibé ou de Dzoumogné ne peut rien en déduire sur ce qui a changé dans son quartier.

Le préfet souhaite aussi que la population appelle davantage le 17. La préfecture pourrait commencer par publier le délai moyen d'intervention après un appel, commune par commune.

Ce que répondent les autres

Sur Kwezi TV, Frédéric Poisot a justifié la cadence des opérations ainsi : « On avait besoin d'avoir une empreinte terrain. » Il a déclaré à propos du village de la dernière intervention : « Vahibé, c'est un des points les plus complexes auxquels nous avons affaire. » Il a également appelé les familles à agir, estimant qu'« il faut que les parents reprennent la main sur leurs enfants ». En mai, le procureur Guillaume Dupont disait avoir voulu, avec Kingia, « une réponse urgente, forte et lisible ». Le parquet de Mamoudzou n'a, à la date de publication, fait aucune déclaration publique trouvée sur les suites judiciaires des opérations menées depuis juin.

Un tableau mensuel avant le 30 novembre

Le parquet a montré en mai qu'un bilan détaillé pouvait être rendu public en quelques semaines. Je demande au préfet de Mayotte et au procureur de la République de Mamoudzou de publier, pour les opérations menées depuis le 18 mai, le nombre de gardes à vue, de déferrements, de comparutions immédiates, de mandats de dépôt et de mesures alternatives, et, dans une colonne distincte, le nombre de retenues administratives et de reconduites. Je leur demande de préciser si l'opération Kingia y est incluse, de rendre ce tableau public avant le 30 novembre 2026, puis de le mettre à jour chaque mois.

Au directeur territorial de la police nationale et au commandant de la gendarmerie de Mayotte, je demande le délai moyen d'intervention après un appel au 17, publié avant la prochaine opération d'ampleur annoncée par le préfet.

Sources

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