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Le VIH progresse vite à Mayotte et la peur des contrôles éloigne des malades de l'hôpital

Cinq adultes sur mille vivent avec le VIH à Mayotte, cinq fois plus qu'en 2019. Des médecins décrivent des patients qui renoncent au dépistage ou au traitement par peur des contrôles près de l'hôpital. Protéger l'accès aux soins sert tout le monde.

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Le VIH progresse vite à Mayotte et la peur des contrôles éloigne des malades de l'hôpital
Photo : L'hôpital historique (Dzaoudzi, Mayotte) (34787688536) — Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Entre vingt et trente nouveaux cas par an jusqu'en 2021. Cent trente-neuf en 2025. Une centaine déjà à la fin du mois d'août 2026. Ces chiffres sont ceux du docteur Mohamadou Niang, chef du service des maladies infectieuses du Centre hospitalier de Mayotte, interrogé par l'AFP dans un reportage publié jeudi par Mayotte la 1ère. Ils décrivent une épidémie de VIH qui s'accélère sur notre île, sans que le sujet occupe beaucoup le débat public.

L'étude Epimay 2025 de l'Agence régionale de santé l'avait déjà mesuré. Cinq adultes sur mille vivent aujourd'hui avec le virus à Mayotte, contre un sur mille en 2019. Mayotte Hebdo en avait rendu compte en juin, lors de la Semaine de la santé sexuelle. En six ans, la prévalence a donc été multipliée par cinq.

Ce que l'on sait

Selon le reportage de l'AFP, Santé publique France a relevé dans un bilan publié en 2025 que Mayotte affichait le « taux de positivité le plus élevé parmi l'ensemble des départements français ». Le docteur Niang estime que 20 % des patients découvrent leur maladie à un stade très tardif. Plusieurs obstacles au dépistage sont cités. Le coût des transports d'abord, dans un département où 77 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Mais aussi, chez les étrangers en situation irrégulière, la peur des contrôles de police.

« Le principal obstacle, c'est la PAF », affirme le docteur Alain Prual, responsable du centre gratuit d'information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) de Mamoudzou, qui évoque des contrôles filtrants aux abords de l'hôpital. Le directeur de la Protection maternelle et infantile, le docteur Abdon Goudjo, décrit des patientes qui élaborent des « stratégies » pour « contourner les forces de police » afin de consulter. Ces constats ne sont pas nouveaux. En juin 2024, le Défenseur des droits avait déjà relevé l'existence de « contrôles de police aux abords du centre hospitalier de Mayotte, susceptibles d'entraver l'accès aux soins des étrangers en situation irrégulière ».

Sur les quelque 600 patients suivis dans le service du docteur Niang, plus de la moitié sont des étrangers sans papiers, toujours selon l'AFP. Faute de couverture sociale, ils devaient jusqu'à récemment venir chaque mois à l'hôpital chercher leur traitement. Certains faisaient demi-tour, d'autres auraient été interpellés aux abords de l'établissement puis placés en rétention, selon l'infectiologue. Pour limiter ces déplacements, il délivre désormais les traitements pour trois mois.

Le résultat se lit dans un indicateur précis. Le virus n'est indétectable dans le sang que chez 80 % des patients suivis à Mayotte, contre plus de 95 % dans l'Hexagone. Or une personne dont la charge virale est indétectable ne transmet plus le virus par voie sexuelle. Chaque traitement interrompu, c'est donc un risque de transmission qui revient.

Ce qui est déjà tenté

Le dépistage se décentralise. Le CeGIDD a ouvert des antennes à Longoni, à Iloni et en Petite-Terre, et des unités mobiles parcourent l'île. À Dembéni, l'association Nariké M'sada propose dans un camion des tests rapides qui donnent un résultat « en quelques minutes ». La Croix-Rouge distribue des préservatifs gratuits lors d'actions de prévention, comme à Bandraboua fin septembre.

Surtout, un comité opérationnel créé en avril 2026 par la préfecture et l'ARS prévoit, selon l'AFP, de sanctuariser les lieux de dépistage avec les forces de l'ordre. Contactées par l'agence, ces institutions n'ont pas répondu. On ne sait donc pas ce que recouvre concrètement cette sanctuarisation, ni si elle s'applique aux abords du CHM.

Notre avis

Le sujet est sensible, et il faut le traiter sans détour. La lutte contre l'immigration irrégulière est une politique de l'État, débattue et légitime dans son principe. La lutte contre une épidémie en est une autre, et elle concerne tous les habitants de Mayotte, quelle que soit leur situation administrative. Un virus ne vérifie pas les titres de séjour. Une personne non traitée peut transmettre le VIH à son conjoint, à sa conjointe, à un enfant à naître, à n'importe quel habitant de l'île.

C'est pourquoi nous pensons que l'accès au dépistage et aux soins doit être protégé de façon claire et publique. Il ne s'agit pas de renoncer aux contrôles, mais de les tenir à distance des lieux où l'on soigne. Les médecins le demandent, le Défenseur des droits l'a signalé il y a plus de deux ans, et l'État lui-même semble l'avoir admis en créant un comité chargé de sanctuariser ces lieux. Il reste à le dire, à l'écrire et à l'appliquer.

Il faut aussi éviter un piège. Les chiffres montrent que les nouveaux diagnostics concernent en majorité des personnes nées à Madagascar, aux Comores ou en Afrique subsaharienne, dans un contexte régional de recrudescence, selon les données citées par l'AFP. Ce constat ne doit pas servir à désigner une population. Il indique simplement où les efforts de prévention et de dépistage doivent porter en priorité, et il montre que l'épidémie se joue à l'échelle de toute la région.

Des pistes concrètes

La préfecture et l'ARS pourraient d'abord rendre publique la doctrine du comité opérationnel d'avril 2026, en précisant les lieux concernés et les règles appliquées par les forces de l'ordre à leurs abords. La délivrance des traitements pour trois mois, déjà pratiquée au CHM, pourrait être généralisée et accompagnée de relais dans les dispensaires et les centres de PMI, plus proches des villages. Les tests rapides mobiles mériteraient d'être financés de façon durable, avec un passage régulier dans les quartiers les plus éloignés de Mamoudzou. Enfin, l'éducation à la santé sexuelle dans les collèges et les lycées, en shimaoré et en kibushi quand c'est utile, reste le moyen le moins coûteux d'éviter de nouvelles contaminations.

Il y a cinq ans encore, le service du docteur Niang ne voyait arriver que quelques dizaines de nouveaux cas par an. Ce n'est plus le cas. Le temps perdu se comptera en contaminations évitables.

Sources

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