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Onze ans de cotisation en moyenne, les retraités mahorais paient la vie chère sans filet

Environ 13 000 Mahorais ont plus de 60 ans selon la CGT, et leurs pensions reposent sur des carrières très courtes. Les produits frais ont pris 4,1 % en un an, alors que les règles du régime général n'arriveront qu'en 2028.

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Onze ans de cotisation en moyenne, les retraités mahorais paient la vie chère sans filet
Photo : Marché-Mamoudzou — Christophe Laborderie, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Des herbes, quelques yaourts, des conserves. Voilà ce qu'Ali Fahardine rapporte désormais du magasin, raconte Mayotte la 1ère dans un reportage diffusé vendredi. Le président de la fédération mahoraise des associations des personnes âgées et retraités (FMAPAR) touche une pension de 1 500 euros et dit pourtant ne plus pouvoir se faire plaisir. « On ne rentre dans les magasins que par nécessité », résume-t-il. Le reste, il va le chercher directement aux champs.

Si une pension de ce niveau ne suffit plus, la situation de ceux qui touchent beaucoup moins se devine. Selon le même reportage, la durée moyenne d'assurance des retraités mahorais est de onze ans. Dans l'île, beaucoup ont pourtant travaillé longtemps sans que leur activité soit déclarée. Les pensions qui en découlent sont faibles par construction, et la hausse des prix les grignote mois après mois.

Selon la chaîne, l'indice des prix à la consommation a progressé de 2 % sur un an à Mayotte, l'alimentation de 1,6 %, et les produits frais de 4,1 %. Une revendeuse de légumes explique payer ses tomates trois fois plus cher qu'avant. Quant à l'idée d'acheter directement aux producteurs, elle suppose une voiture, et le sans-plomb est passé de 2,05 à 2,21 euros le litre au 1er octobre selon L'info Kwezi. Haoussi Boinahedja, secrétaire confédéral de la CGT à Mayotte, évalue à environ 13 000 le nombre de personnes de plus de 60 ans sur l'île et lâche cette phrase : « Cette couche de la population ne vit plus, elle survit. »

Une convergence qui court jusqu'en 2035

La réponse officielle s'appelle convergence sociale. Les règles du régime général de retraite s'appliqueront à Mayotte à partir de 2028, et les paramètres de calcul doivent rester « plus favorables à Mayotte jusqu'en 2035 », rappelle Mayotte la 1ère. Pour une personne de 70 ans, 2035 reste loin, et la convergence des règles ne rendra pas les années de cotisation qui manquent.

À mon sens, les retraités mahorais sont négligés dans les débats actuels sur la vie chère. On parle beaucoup du carburant, des salaires et du panier des familles avec enfants, alors que les anciens ont peu de marges pour s'adapter. Retrouver un emploi n'est plus une option à leur âge, et beaucoup soutiennent encore une partie de la famille élargie avec une seule pension. Leur pouvoir d'achat devrait être suivi à part, avec ses propres indicateurs.

L'Insee publie un indice des prix pour l'ensemble des ménages, qui dit mal ce que paie une personne âgée qui consomme surtout des produits frais, des médicaments non remboursés et du transport. La FMAPAR, la CGT et la caisse de sécurité sociale de Mayotte pourraient demander à l'institut ou à l'observatoire des prix un panier propre aux seniors, publié chaque trimestre. Faute de ce chiffre, on oppose aux revendications des associations des moyennes calculées sur l'ensemble des ménages.

Une partie des onze années de durée moyenne tient sans doute à des périodes réellement travaillées mais jamais déclarées. Des permanences d'aide à la reconstitution de carrière, dans chaque commune et en shimaoré comme en kibushi, permettraient à certains futurs retraités de faire valoir des trimestres oubliés avant la liquidation de leur pension. Les CCAS savent faire ce travail de proximité, comme le montre la permanence ouverte cette semaine avec la SMAE à Acoua pour les factures d'eau.

Aller au marché sans voiture

Si les retraités vont aux champs pour payer moins cher, c'est le transport qui leur coûte. Un service de navettes solidaires vers les marchés et les coopératives agricoles, organisé par les communes ou les intercommunalités, réduirait à la fois la dépense des anciens et la dépendance des producteurs aux intermédiaires. Les associations de quartier et les clubs du troisième âge pourraient en être les relais.

Ces mesures coûtent peu au regard des sommes engagées pour la reconstruction. Elles demandent surtout que les décideurs s'intéressent à une population qui se fait peu entendre.

Le gouvernement promet une baisse de 12 à 18 centimes sur le gazole de novembre à janvier, dont l'application à Mayotte dépendra de l'arrêté préfectoral du 1er novembre. Pour les retraités, l'échéance qui compte reste 2028, date d'entrée en vigueur des règles du régime général, et la FMAPAR a tout intérêt à demander dès cet automne un bilan chiffré de ce que ce changement rapportera réellement à une pension moyenne.

Sources

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