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Onze mois après la première pierre, l'école Vahibé 1 n'a toujours pas vu d'ouvrier

Les parents réclament une place au comité de pilotage du projet de vingt classes, chiffré entre 12,5 et 14,95 millions d'euros selon les annonces municipales, pendant que 1 290 élèves du village se partagent les salles en rotation.

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Onze mois après la première pierre, l'école Vahibé 1 n'a toujours pas vu d'ouvrier
Photo : Padzas de Vahibé — Frédéric Ducarme, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

« On a vu zéro machine, zéro ouvrier. » L'homme qui parle ainsi au Journal de Mayotte habite Vahibé et se tient, lundi 12 octobre, devant le terrain de l'école élémentaire Vahibé 1, avec d'autres parents, face à un terrain en friche que seules des grilles désignent comme un chantier. La première pierre de la nouvelle école a été posée le 28 novembre 2025. Selon ces parents, aucun lot de travaux n'a été attribué aux entreprises depuis.

Ce chantier devait pourtant être une priorité. L'école, déjà vétuste avec ses onze salles, a été lourdement endommagée par Chido le 14 décembre 2024, et un projet de reconstruction en vingt classes (le « T20 ») était dans les cartons avant même le cyclone. La mairie de Mamoudzou, qui n'avait pas répondu aux questions du Journal de Mayotte au moment de la publication, annonçait un chantier estimé à 12,5 millions d'euros et une livraison en mars 2028. Son propre magazine de janvier 2026 décrivait une opération plus lourde, chiffrée à 14,95 millions d'euros travaux et voirie comprises, avec quatre bâtiments démolis, deux rénovés, seize salles créées et une durée prévue de deux ans et demi. Avec deux ans et demi de travaux et un démarrage qui n'a pas eu lieu en octobre 2026, la date de mars 2028 paraît déjà difficile à tenir.

Après Chido, il ne restait dans le bas du village qu'une école, Vahibé 2, où les enfants s'entassent depuis. Depuis la fin août, 1 400 élèves s'y partageaient une quinzaine de salles en rotation, avec trois heures et demie de classe par jour, selon le Journal de Mayotte. Pour la rentrée d'octobre, la Ville annonce treize nouvelles classes pour accueillir 1 290 élèves sur les locaux agrandis de Vahibé 2 et sur un site voisin qu'elle appelle Vahibé 1, avec la promesse d'un rythme habituel de rotation, « une classe le matin et une autre l'après-midi », soit 24 heures de cours par semaine. Les parents saluent le progrès sans s'en contenter. Une mère de famille a résumé au journal la difficulté des horaires d'après-midi par une question : « Comment on peut avoir l'attention des enfants quand ils ont cours entre midi et 17h ? »

Le site provisoire, déjà pillé au printemps

La mairie met en avant les difficultés du site provisoire. Le 28 avril, lors d'une visite de presse rapportée par Mayotte Hebdo, le maire Ambdilwahedou Soumaïla expliquait que près d'un million d'euros avaient été investis sur le site provisoire de Vahibé, mais que les vols de matériel, les dégradations et l'agression de trois ouvriers d'une entreprise avaient arrêté les travaux depuis environ trois semaines. « L'école devient un gouffre financier et la ville ne fabrique pas d'argent », disait-il ce jour-là. La visite avait tourné court face à des parents excédés.

Ces violences pèsent sur tous les chantiers scolaires de la commune, mais elles n'expliquent pas pourquoi, onze mois après une cérémonie de première pierre, aucun marché de travaux n'aurait été notifié pour l'école définitive. Un retard d'attribution relève de la procédure administrative ou du financement, que la mairie maîtrise ou qu'elle doit au moins pouvoir expliquer. Cette explication n'est pas venue, et les parents réclament surtout une place au comité de pilotage du projet et « plus de transparence ».

Je soutiens cette demande, qui ne coûterait pas un euro à la commune. Une commune qui a posé une première pierre en présence de la presse peut publier un calendrier, dire quels lots sont en appel d'offres, lesquels sont infructueux et quel financement manque encore, s'il en manque. Elle peut accueillir deux représentants des parents au comité de pilotage, et leur transmettre les comptes rendus. Les élus y gagneraient aussi, puisqu'ils auraient enfin quelque chose à montrer aux familles.

Le collège de Vahibé avance plus vite que l'école

Les habitants comparent volontiers avec le collège de Vahibé, prévu pour 2027, qui prend forme sur les hauteurs du village, alors qu'en bas l'école élémentaire reste en friche. Les parents savent qu'un élève qui a passé son primaire en rotation arrive au collège avec un retard difficile à combler, et l'un d'eux l'a résumé au Journal de Mayotte : « On sait qu'un élève qui ne va pas à l'école a des chances de se retrouver dans la rue. » Dans un village à la démographie forte et aux alternatives rares, les retards accumulés en primaire se retrouvent ensuite au collège et au lycée.

Les parents annoncent des actions dans les semaines qui viennent et ont pris contact avec un juriste pour pousser la mairie à engager les travaux. Ils redoutent une réponse déjà entendue l'an dernier, celle qui renvoie le démarrage après la saison des pluies. La Ville a l'occasion d'éviter ce bras de fer en indiquant par écrit aux familles de Vahibé, avant les vacances de fin d'année, la date à laquelle les entreprises entreront sur le terrain.

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