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Promise pour fin 2023, la cité administrative du Département de Mayotte nourrit la grève lancée ce lundi

En janvier, l'exécutif assurait que les travaux de la cité de Coconi seraient engagés en 2026. Au premier jour de la grève illimitée des agents, aucun calendrier public n'existe, et le Département doit dire ce qu'il a fait du protocole de novembre 2024.

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Promise pour fin 2023, la cité administrative du Département de Mayotte nourrit la grève lancée ce lundi
Photo : Le conseil départemental (Mamoudzou, Mayotte) (34746660561) — Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Lundi 26 octobre au matin, les agents du Département-Région de Mayotte ont entamé une grève illimitée à l'appel de leur intersyndicale. Mayotte la 1ère, qui a interrogé le secrétaire départemental de la CGT Haoussi Boinahedja, ne donne aucune date de fin. Le syndicaliste y présente ce préavis comme « la continuité de la grève de 2024 » et prévient qu'« il faut s'attendre à des perturbations dans certains services ».

Le conflit tourne autour d'une cité administrative promise aux agents de la collectivité et toujours pas construite. Son démarrage a déjà glissé de fin 2023 à 2026, et selon la CGT, les syndicats se seraient entendu dire en réunion qu'elle ne verrait pas le jour avant trois ans.

Une promesse qui change de date à chaque saison

Ahmed Zafera, délégué FO membre de l'intersyndicale, situe le début de l'attente à 2016. Il a déclaré à Mayotte la 1ère le 6 octobre : « On nous promet une cité administrative depuis 2016, mais jusqu'à ce jour on ne voit toujours rien. »

Selon Mayotte Hebdo du 14 octobre, le projet avait ensuite été annoncé pour un démarrage à la fin de 2023, avec un investissement total de 87 millions d'euros réparti entre deux sites, sur les hauteurs de Mamoudzou et à Coconi. Le bureau d'études Oteis, associé au chantier de Coconi, affiche toujours sur sa fiche un coût de 32,5 millions d'euros, 13 460 m² de surface de plancher et une livraison prévue en 2026.

Le 7 novembre 2024, un protocole d'accord était signé après un précédent mouvement social des agents. Cinq semaines plus tard, le cyclone Chido frappait l'île. D'après Haoussi Boinahedja, environ 80 % des sites de la collectivité ont été endommagés.

Lors des vœux de l'exécutif, rapportés le 28 janvier 2026 par Le Journal de Mayotte, les élus annonçaient plus de 400 millions d'euros de travaux programmés dès cette année dans le plan pluriannuel d'investissement 2026-2028. Le même article précisait que « les travaux du siège du Département-Région, de la cité administrative de Coconi et des Archives départementales seront engagés cette année, assurent les membres de l'exécutif ».

Neuf mois plus tard, Haoussi Boinahedja, interrogé par Mayotte la 1ère ce lundi, rapporte une autre version. Selon lui, les études de la cité étaient terminées avant Chido, mais les syndicats se seraient entendu dire en réunion que le projet n'aboutirait pas avant trois ans, « quand l'exécutif ne sera plus là ». Il évoque aussi un protocole intermédiaire par lequel l'exécutif aurait accepté de réserver un quart du budget prévisionnel à partir de 2025, avec des travaux à partir d'octobre, une formule qu'il qualifie d'« inacceptable ». Je n'ai trouvé aucun document public du Département qui confirme ou dément ces deux affirmations.

Les chiffres

  • 126 sites administratifs pour le Département-Région (Mayotte la 1ère, 6 octobre 2026 ; Mayotte Hebdo, 14 octobre 2026)
  • 64 % des bâtiments du Département en mauvais ou médiocre état dès 2016, avant Chido, selon un état des lieux cité par la Cour des comptes (Mayotte Hebdo, 14 octobre 2026)
  • 87 millions d'euros annoncés pour les deux sites de la cité administrative, Mamoudzou et Coconi (Mayotte Hebdo, 14 octobre 2026)
  • Plus de 400 millions d'euros de travaux programmés dès 2026 dans le PPI 2026-2028 (Le Journal de Mayotte, 28 janvier 2026)
  • Plus de 200 agents réunis en assemblée générale le 13 octobre, à l'issue de laquelle la grève a été annoncée (Mayotte Hebdo, 14 octobre 2026)

Des conteneurs en attendant des murs

La revendication sur les locaux est ancienne, et Chido l'a rendue intenable. Le 13 octobre, les agents réunis sur le site Younoussa-Bamana ont refusé les bureaux en conteneurs que la collectivité leur propose. « Les employés refusent les bâtiments en conteneurs », a résumé Haoussi Boinahedja devant Mayotte Hebdo. Début octobre, les agents de la PMI de M'tsamboro avaient exercé leur droit de retrait, dans un bâtiment pourtant inauguré huit mois auparavant.

Les syndicats relient ces conditions à la santé des agents. Selon l'intersyndicale, la fréquentation du pôle de santé mentale de la collectivité aurait triplé depuis le cyclone, et Ahmed Zafera affirme que « depuis Chido il n'y a eu aucune rénovation ». Aucun chiffre du Département ne permet aujourd'hui de vérifier ou de contester ces deux constats. Le bilan social de la collectivité, document qui permettrait de trancher, n'a pas été rendu public à ma connaissance.

Le chiffre de 64 % de bâtiments dégradés en 2016 montre que le parc de la collectivité était déjà en mauvais état huit ans avant le cyclone. Chido a donc aggravé un problème de locaux qui lui préexistait. Une cité administrative qui regroupe des services dispersés sur 126 sites répondait à ce constat. Chaque report de ce chantier prolonge un parc dispersé et dégradé, avec les réparations provisoires qu'il impose.

Un employeur public qui annonce sans rendre compte

Je retiens surtout la précision des annonces, que rien n'est venu suivre publiquement. En janvier, l'exécutif fixait une année, 2026, et citait trois chantiers par leur nom. En octobre, en consultant la presse locale et les annonces publiques de la collectivité, je n'ai trouvé pour la cité de Coconi ni avis de démarrage, ni délibération récente, ni calendrier actualisé accessibles au public. La fiche d'Oteis promet une livraison en 2026, alors que l'année s'achève dans neuf semaines.

La plateforme de revendications syndicales date de 2015, selon la CGT. Avec plus de 400 millions d'euros de travaux programmés, le Département a les moyens de publier l'état d'avancement d'un de ses projets internes. Quand elle ne le fait pas, ses propres agents en sont réduits à rapporter des propos tenus en réunion, et le différend finit en grève.

Ce que répondent les autres

Le 6 octobre, le Département n'a pas souhaité s'exprimer auprès de Mayotte la 1ère sur les conditions de travail de ses agents. Aucune réaction publique de l'exécutif départemental sur la grève du 26 octobre n'a été trouvée à la date de publication. Sa dernière position publique connue de la rédaction sur le sujet date des vœux rapportés le 28 janvier 2026 par Le Journal de Mayotte, quand Ben Issa Ousseni présentait une situation financière assainie et que l'exécutif annonçait l'engagement des travaux de la cité administrative de Coconi dans l'année. Côté syndical, Haoussi Boinahedja a déclaré ce lundi : « S'il y a un dialogue qui va s'ouvrir, à partir de là, on verra. »

Ce que je demande au président du Département-Région

Je considère que cette grève est fondée sur un point précis et vérifiable, l'absence de calendrier public pour des locaux promis depuis 2016, selon FO. Les rémunérations et les primes se négocient. En revanche, un agent ne peut pas travailler correctement dans un conteneur qu'il a refusé ou dans un bâtiment que ses collègues ont quitté en exerçant leur droit de retrait.

Le président du Département-Région peut désamorcer une partie du conflit sans dépenser un euro de plus. Je lui demande de publier, avant la fin de la semaine, l'état d'exécution du protocole du 7 novembre 2024, ligne par ligne. Je lui demande aussi d'indiquer, avant le vote du budget primitif 2027, le montant inscrit pour la cité de Coconi et pour le site de Mamoudzou, la date des ordres de service et la date de livraison visée. Si la cité ne doit pas sortir de terre avant la fin du mandat, les agents doivent l'apprendre par une délibération publique et non par des propos rapportés d'une réunion.

Sources

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