LainnyaDécryptage

Sept actions réalisées sur 35 depuis 2020, les nouvelles assises de la sécurité doivent publier leur plan

Seize engagements des assises de 2020 « restent à documenter », de l'aveu même des organisateurs. Quatre semaines après la session de septembre, le plan promis à Mamoudzou n'est pas publié, alors que le préfet annonce +20 % d'atteintes physiques sur huit mois et que la rentrée du 26 octobre approche.

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Sept actions réalisées sur 35 depuis 2020, les nouvelles assises de la sécurité doivent publier leur plan
Photo : Mamoudzou City Hall (10030018363) — David Stanley from Nanaimo, Canada, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Lundi soir, la ministre des Outre-mer a fait le point avec les préfets ultramarins après les violences survenues en Guadeloupe, en Martinique et à La Réunion. Mayotte « reste pour le moment épargnée par cette vague d'émeutes », note L'info Kwezi, et les élèves reprennent les cours lundi 26 octobre. Quatre semaines après les assises de la sécurité de Mamoudzou, le plan d'action promis n'est toujours pas sur la table, et le bilan de la première édition, celle de 2020, laisse près de la moitié de ses engagements dans le flou.

Un bilan de 2020 où seize actions restent à documenter

Du 21 au 24 septembre 2026, la Ville de Mamoudzou, la préfecture, le Département-Région, l'Association des maires de Mayotte et la Cadema ont organisé les deuxièmes assises de la sécurité et de la citoyenneté. Quatre ateliers ont travaillé sur les conflits entre villages et la sécurité du quotidien, le droit au séjour, l'aménagement du territoire et les ruptures sociales et familiales.

Les organisateurs ont présenté le bilan de la première édition. En 2020, près de 2 000 participants avaient fait émerger 76 propositions, ramenées à un plan partenarial de 35 actions. Six ans plus tard, selon Mayotte Hebdo, sept sont réalisées, six engagées, six en cours, et seize « restent à documenter ». Les organisateurs eux-mêmes qualifient ce bilan de « perfectible », faute d'indicateurs pour mesurer les résultats. Selon L'info Kwezi, le maire entendait cette fois éviter les faiblesses des précédentes assises, dont plusieurs préconisations n'avaient pas été suffisamment suivies.

À la clôture, le 24 septembre, le préfet Frédéric Poisot a donné les chiffres de l'État. Sur les huit premiers mois de 2026, il a fait état d'« une hausse de 20 % des atteintes à l'intégrité physique et de 75 % des violences sexuelles contre les femmes et les mineurs », d'après le compte rendu de Mayotte Hebdo. L'État a fait valoir une brigade canine déjà installée à Mamoudzou et annoncé une nouvelle brigade de gendarmerie à Bandraboua-Dzoumogné, ainsi qu'une nouvelle opération à Kingia d'ici la fin de l'année. Le maire de Mamoudzou, Ambdilwahedou Soumaïla, a de son côté cité une baisse de 10 % de certains faits de délinquance et de 31 % des violences crapuleuses, sans que la période ni le périmètre soient précisés.

Ce jour-là, les élus ont évoqué un plan d'action « qui pourrait être présenté dans un ou deux mois », rapportait L'info Kwezi, et le maire a proposé des bilans tous les trois ou six mois. Au 20 octobre, je n'ai trouvé aucun plan publié.

Les chiffres

  • 16 des 35 actions du plan de 2020 « restent à documenter », 7 sont réalisées (Mayotte Hebdo, 22 septembre)
  • +20 % d'atteintes à l'intégrité physique sur les huit premiers mois de 2026, selon le préfet (Mayotte Hebdo, 25 septembre)
  • +75 % de violences sexuelles contre les femmes et les mineurs sur la même période, selon le préfet (Mayotte Hebdo, 25 septembre)
  • −31 % de violences crapuleuses, selon le maire de Mamoudzou, période non précisée (Mayotte Hebdo, 25 septembre)
  • 87 agents mobilisés lors de l'opération de Tsoundzou 1 le 23 septembre (Mayotte Hebdo, 25 septembre)

Des chiffres de l'État et de la commune qui ne concordent pas

Le même jour, à la clôture des assises, l'État a décrit une violence en hausse, et la commune a présenté certains faits en recul. Les deux peuvent être vrais, si l'on ne parle ni des mêmes infractions ni des mêmes périodes. Je n'ai trouvé publiés en détail ni la hausse citée par le préfet ni la baisse annoncée par la Ville, et le bilan présenté du plan de 2020 reconnaît manquer d'indicateurs.

Seize actions « à documenter » sur trente-cinq, cela fait près de la moitié des engagements de 2020 dont le sort n'apparaît pas dans le bilan présenté. On ignore si ces actions ont été lancées ou abandonnées. Le préfet plaide pour une présence durable des forces de l'ordre, en jugeant qu'« on ne peut pas se contenter de deux opérations et repartir », car « globalement, quand les forces de l'ordre s'en vont, les délinquants reviennent ».

Le président du Département, Ben Issa Ousseni, a demandé un observatoire des violences et une charte d'engagement. Le préfet souhaite réunir les familles chaque trimestre, tandis que le maire propose des bilans périodiques. Aucun de ces outils ne peut fonctionner si les données restent dans les services, et à ma connaissance aucun calendrier de publication n'a été annoncé.

À La Réunion, le bilan préfectoral publié dimanche fait état de 18 interpellations et de onze policiers et gendarmes blessés. L'info Kwezi souligne les liens étroits entre les deux îles et invite à aborder la rentrée du 26 octobre « avec beaucoup de prudence ».

Ce que répondent les autres

Le préfet Frédéric Poisot a déclaré, à la clôture des assises : « Est-ce qu'on a progressé ? Est-ce qu'on a réussi ? La vérité, c'est que oui, on progresse. » Il a aussi reconnu que « le résultat n'est pas à la hauteur de nos attentes ». Le maire de Mamoudzou estime que « les efforts commencent à porter leurs fruits » et que la réussite des assises « se mesurera à notre capacité collective à transformer ce qui a été dit en actions concrètes ». Le président du Département juge que « les efforts existent, mais doivent être mieux articulés ». La députée Estelle Youssouffa a estimé que « la population demande une réponse à la hauteur de la violence à laquelle nous sommes confrontés ». Selon L'info Kwezi, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a rappelé lundi que piller des commerces et empêcher les salariés de travailler pénalise les familles.

Le calendrier que les organisateurs ont annoncé

Les élus ont évoqué une présentation du plan « dans un ou deux mois », soit au plus tard vers le 24 novembre 2026. Je demande au maire de Mamoudzou et au préfet de Mayotte, coorganisateurs, de tenir cette échéance et de publier le plan complet, en indiquant pour chaque mesure qui la porte, combien elle coûte et comment on saura si elle a marché.

Le même document devrait faire le point, une par une, sur les seize actions de 2020 restées « à documenter ». J'attends aussi du préfet qu'il rende publics, chaque trimestre à partir de janvier 2027, les chiffres de la délinquance par commune. La première réunion trimestrielle avec les familles qu'il a proposée devrait se tenir avant le 31 décembre, avec un compte rendu mis en ligne.

Sources

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