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Seulement 258 prêts à taux zéro pour rebâtir après Chido, l'aide de l'État cale au guichet des banques

Au 19 août 2026, seuls 258 prêts « Reconstruction » avaient été souscrits pour plus de 36 000 logements endommagés. Défaut d'assurance et surendettement bloquent l'outil, qui doit être corrigé dans le budget 2027 avant le deuxième anniversaire du cyclone.

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Seulement 258 prêts à taux zéro pour rebâtir après Chido, l'aide de l'État cale au guichet des banques
Photo : Mamoudzou résidence — Vincent Clavier, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Le prêt à taux zéro « Reconstruction de Mayotte » devait permettre aux familles sinistrées de rebâtir leur maison sans payer un centime d'intérêt. Seize mois après son ouverture, l'État en publie lui-même le compteur. Au 19 août 2026, 258 prêts avaient été souscrits, selon le bilan d'étape de la loi de refondation publié le 1er septembre par le ministère des Outre-mer et détaillé par Mayotte la 1ère.

Un prêt sans intérêt, ouvert en mai 2025

Le dispositif a été annoncé le 31 décembre 2024 dans le plan « Mayotte Debout », puis inscrit dans la loi d'urgence pour Mayotte du 24 février 2025. Le ministère de l'Économie l'a déclaré opérationnel le 7 mai 2025, auprès des établissements de crédit de l'île et d'Action Logement.

Le prêt peut atteindre 50 000 euros par logement, sans plafond de revenus. Il finance la reconstruction ou la réhabilitation d'une résidence principale achevée avant le 14 décembre 2024. Le texte voté prévoit cinq ans sans mensualités, puis vingt-cinq ans de remboursement. L'emprunteur doit fournir un devis détaillé, passer par une entreprise ou s'appuyer sur un professionnel habilité s'il construit lui-même, et justifier des travaux dans les trois ans, faute de quoi il rembourse. Les banques ne perçoivent pas d'intérêts de l'emprunteur ; un crédit d'impôt les compense.

Le bilan d'étape du 1er septembre 2026 attribue le faible nombre de prêts à « la présence de nombreux défauts d'assurance et de situations de surendettement ainsi que de la posture des banques commerciales ». Le même document affiche, en regard, des progrès dans le logement social. Après 41 millions d'euros de prêts bonifiés accordés par la Banque des Territoires à la Société immobilière de Mayotte, les mises en chantier de logements neufs sont passées de 76 en 2024 à 817 en 2026, et 574 réhabilitations ont été livrées en 2025 sur 1 131 engagées.

Les chiffres

  • 258 prêts à taux zéro « Reconstruction » souscrits au 19 août 2026 (bilan d'étape du ministère des Outre-mer, cité par Mayotte la 1ère)
  • Plus de 36 000 logements endommagés par Chido (exposé de l'amendement I-3194 au projet de loi de finances pour 2027, Assemblée nationale)
  • 50 000 euros au plus par logement, cinq ans de différé et vingt-cinq ans de remboursement (Mayotte la 1ère, février 2025)
  • 6 % des ménages mahorais assuraient leur habitation selon un rapport d'inspection de 2020 (AFP)
  • 54 millions d'euros dépensés sur 674 millions inscrits au budget 2026 pour la refondation (Mayotte la 1ère)

Un outil conçu pour des ménages qui n'existent presque pas ici

Rapporté aux 36 000 logements endommagés que cite l'exposé d'un amendement déposé le 10 octobre à l'Assemblée, le compteur donne moins d'un prêt pour cent maisons touchées. Comme tout crédit, même sans intérêt, ce prêt suppose que la banque accepte l'emprunteur. Le bilan de l'État nomme lui-même les deux premiers obstacles, le défaut d'assurance et le surendettement, avant de mettre en cause l'attitude des banques.

Sur l'assurance, le problème était documenté avant même le vote du dispositif. En décembre 2024, l'AFP rappelait qu'un rapport d'inspection de 2020 évaluait à 6 % la part des ménages de Mayotte qui assurent leur habitation, et que « seuls les plus aisés ont tendance à s'assurer ». Un prêt calibré pour des propriétaires assurés et solvables a donc été proposé à un territoire où ce profil est minoritaire. Le communiqué de lancement du ministère de l'Économie, le 7 mai 2025, n'affichait d'ailleurs aucun objectif chiffré de prêts.

La question foncière pèse aussi. Les deux amendements déposés le 10 octobre évoquent, pour l'outre-mer, des logements dont la remise sur le marché est entravée par « des situations successorales complexes, notamment liées à l'indivision ». L'État reconnaît la difficulté à sa manière, puisque son bilan annonce pour la fin de l'année un guichet commun de régularisation foncière au sein de la commission d'urgence foncière. Ce guichet arrive deux ans après le cyclone, pour un prêt dont les travaux doivent être justifiés sous trois ans.

Dans le logement social, quand l'argent passe par un bailleur à capitaux publics comme la SIM, financé par la Banque des Territoires, les chantiers démarrent. Le prêt aux particuliers, lui, dépend du guichet de banques commerciales dont l'État lui-même met en cause la « posture », et du dossier de familles sinistrées souvent sans assurance, ce qui fait reposer la reconstruction de l'habitat privé sur le circuit le moins adapté à la situation mahoraise.

Le 10 octobre, M. Max Mathiasin (LIOT) et Mme Béatrice Bellay (Socialistes et apparentés) ont chacun déposé un amendement au projet de loi de finances pour 2027 visant à ouvrir le prêt à taux zéro dans l'ancien aux communes des cinq départements d'outre-mer, dont Mayotte. L'exposé du groupe LIOT rappelle que la mesure avait été adoptée l'an dernier en commission et en séance, avant d'être écartée du texte final adopté par le 49.3. Ces amendements visent un autre prêt et leur sort n'est pas connu à ce jour. Ils ne règlent pas le blocage du dispositif propre à Chido, qui passe par les mêmes banques.

Ce que répondent les autres

Selon Mayotte la 1ère, l'État reconnaît des blocages dans son bilan d'étape du 1er septembre 2026, qu'il explique par les défauts d'assurance, le surendettement et « la posture des banques commerciales ». À l'ouverture du dispositif, en mai 2025, le ministre de l'Économie Eric Lombard déclarait : « Nous mobilisons ainsi les banques et apportons des flux de financement privé ». Le ministre des Outre-mer de l'époque, Manuel Valls, se félicitait de « la mise en œuvre rapide de cet engagement du Premier ministre ». Aucune réaction publique des banques présentes à Mayotte au chiffre de 258 prêts n'a été trouvée à la date de publication.

Ce que j'attends de l'État avant le 14 décembre

Créer ce prêt était une bonne idée. Je reproche à l'État de l'avoir laissé produire si peu pendant plus d'un an, alors que ses propres services connaissaient le taux d'assurance de l'île. Avec 258 dossiers pour des dizaines de milliers de maisons abîmées, le dispositif doit être corrigé dans le budget qui se discute en ce moment au Parlement.

Au préfet de Mayotte, je demande de publier d'ici au 14 décembre 2026, deuxième anniversaire de Chido, le nombre de demandes de prêt déposées et refusées, banque par banque, avec les motifs de refus. À la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, de proposer pendant l'examen du projet de loi de finances pour 2027 une aide directe à la reconstruction pour les ménages modestes non assurés, versée sur devis et sous contrôle d'un opérateur public, sur le modèle de ce qui fonctionne déjà pour le logement social. Je souhaite aussi que la commission d'urgence foncière traite en priorité les dossiers de reconstruction dans le guichet commun annoncé pour la fin de l'année.

Le 14 décembre marquera deux ans depuis le cyclone. Pour les emprunteurs de la première heure, plus de la moitié du délai de trois ans laissé pour justifier les travaux sera alors écoulée.

Sources

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