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Trois jours sans cours au lycée de Sada, et les lycéens de Mayotte priés d'attendre la fin octobre

Entre le 6 et le 9 octobre, le lycée de Sada n'a rouvert qu'en demi-jauge, pour les terminales et les BTS. Les élèves y réclamaient des professeurs, alors que plus de la moitié des enseignants du second degré mahorais sont contractuels.

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Trois jours sans cours au lycée de Sada, et les lycéens de Mayotte priés d'attendre la fin octobre
Photo : Vue-Sada-Mayotte — Christophe Laborderie, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Le lundi 5 octobre au soir, le rectorat de Mayotte a annoncé que les cours seraient suspendus le lendemain au lycée de Sada. Son communiqué, repris par L'info Kwezi, faisait état de vidéos diffusées sur les réseaux sociaux qui contenaient des menaces de mort et de violences visant des élèves et des personnels. Le rectorat indiquait avoir rédigé un signalement à la justice au titre de l'article 40 du code de procédure pénale.

Du 6 au 9 octobre, pas un jour de cours pour tous les élèves

Le mercredi 7 octobre, l'établissement a rouvert ses portes. D'après Mayotte la 1ère, des incidents ont éclaté vers 6 h 55 devant le lycée, des rixes entre bandes rivales selon la chaîne, pendant une mobilisation d'élèves qui dénonçaient un manque de moyens et de professeurs. Les élèves ont été confinés pendant l'intervention de la gendarmerie, puis le lycée a été évacué. Aucun blessé ni aucune interpellation n'était alors signalé.

Le jeudi 8, le lycée de Sada est resté fermé. Le vendredi 9, il devait rouvrir en demi-jauge, pour les seules classes de terminale et de BTS, selon Mayotte la 1ère. Le lycée des Lumières, à Kawéni, fermé par précaution le mercredi, avait repris la veille sur le même modèle.

D'autres établissements ont vécu la même semaine. Le 5 octobre, le lycée de Tsararano a été évacué après des affrontements avec les forces de l'ordre aux abords, et des autocars ont ramené les élèves chez eux vers 10 h 30 (L'info Kwezi). Le 6, au lycée Tani Malandi de Chirongui, des heurts ont eu lieu vers 7 heures et du gaz lacrymogène a été utilisé. Le lendemain, aucun élève n'y est venu, les parents ayant refusé de les envoyer en classe. Le 8, des gendarmes contrôlaient et fouillaient les sacs à l'entrée du lycée de Tsararano.

À Paris, le Premier ministre Sébastien Lecornu s'est exprimé le mercredi 7 au soir sur la mobilisation lycéenne nationale. Il a renvoyé les premières décisions du gouvernement à la fin du mois d'octobre. D'ici là, les doléances des élèves sont recueillies sur une plateforme en ligne, ont rapporté Mayotte la 1ère et Europe 1.

Les chiffres

  • 52 010 collégiens et lycéens attendus à la rentrée 2026 dans 33 établissements, soit 1 719 de plus que l'an passé (académie de Mayotte, citée par Mayotte la 1ère)
  • 3 756 enseignants prévus dans le second degré, dont 2 005 contractuels, un peu plus de la moitié (rectorat de Mayotte)
  • 271 enseignants contractuels recrutés pour cette rentrée (rectorat de Mayotte)
  • Aucune journée de cours pour l'ensemble des élèves du lycée de Sada entre le 6 et le 9 octobre (Mayotte la 1ère)

Les élèves demandaient des professeurs

Le 7 octobre, à Sada, les lycéens qui réclamaient des enseignants et des moyens ont été évacués, avant deux jours de fermeture. La sécurité des élèves et des personnels justifiait ces décisions. Elles ont aussi eu pour effet, en quarante-huit heures, de faire passer le manque de professeurs au second plan, derrière les violences.

Leur revendication s'appuie pourtant sur des chiffres que le rectorat publie lui-même. Dans les collèges et lycées de Mayotte, plus d'un enseignant sur deux est contractuel. En juillet, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, se félicitait que Mayotte et Créteil soient « cette année intégralement pourvues », selon Outre-mer la 1ère. Des postes pourvus sur le papier ne disent rien de la stabilité des équipes devant les élèves, ni du nombre d'heures restées sans professeur depuis la rentrée. À ma connaissance, aucun chiffre public ne permet aujourd'hui de le mesurer, lycée par lycée.

La rentrée elle-même s'est faite avec des places en moins. Le lycée des métiers du bâtiment de Longoni et le collège de Vahibé n'étaient pas prêts le 24 août, alors que le second degré accueillait 1 719 élèves de plus. Les fermetures d'urgence de ce mois d'octobre tombent donc sur des classes déjà plus nombreuses que l'an dernier.

Quant au calendrier fixé à Matignon, la plateforme en ligne et les décisions annoncées pour la fin octobre ont été conçues pour un mouvement national, dont les revendications ne recoupent qu'en partie celles des lycées mahorais. À Mayotte, la question posée est celle d'un professeur devant chaque classe, et elle risque de peser peu si elle est traitée dans le même lot que les doléances de l'Hexagone.

Ce que répondent les autres

Dans son communiqué du 5 octobre, le rectorat de Mayotte condamne les menaces « avec la plus grande fermeté » et affirme qu'« aucune forme de violence ou d'intimidation ne peut avoir sa place au sein de la communauté éducative ». Il juge que la parole des élèves doit être entendue, dans un cadre « pacifique, démocratique et sécurisé ». À la rentrée, il soulignait que « l'académie a poursuivi son effort de recrutement ». Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a déclaré le 7 octobre : « Nul ne peut être indifférent aux angoisses des jeunes. » Le président de l'association des parents d'élèves du lycée de Sada, Enrafati Djihadi, a déclaré à Mayotte la 1ère : « La mobilisation est légitime, nous sommes avec eux, le problème c'est la manière de faire. »

Des comptes à rendre d'ici au 23 octobre

Je ne demande pas au rectorat de rouvrir coûte que coûte des établissements menacés. Je lui demande de dire ce que ces fermetures coûtent aux élèves. Concrètement, je demande au recteur de Mayotte de publier d'ici au 23 octobre le nombre de demi-journées de cours perdues depuis le 5 octobre dans chaque lycée de l'île, avec un plan de rattrapage, en priorité pour les terminales qui passeront le baccalauréat en juin. Je lui demande aussi de rendre public, lycée par lycée, le nombre d'heures d'enseignement non assurées depuis la rentrée du 24 août, faute de professeur.

Au Premier ministre, je demande que les décisions promises pour la fin octobre comportent un volet propre à Mayotte, chiffré et daté, sur le recrutement et la stabilisation des enseignants. Faute de ce volet, la réponse attendue à Sada arrivera d'un ministère qui jugeait en juillet l'académie pourvue.

Sources

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