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Troisièmes journées contre l'AVC au CHM, et toujours aucune unité neurovasculaire annoncée à Mayotte

Le CHM sensibilise Mamoudzou les 29 et 30 octobre. Son projet d'établissement 2021-2025 prévoyait une unité neurovasculaire de 4 à 5 lits et des neurologues, et nous n'avons trouvé aucun bilan public de ces engagements.

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Troisièmes journées contre l'AVC au CHM, et toujours aucune unité neurovasculaire annoncée à Mayotte
Photo : Mamoudzou Kaweni 150402 — Vincent Clavier, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Jeudi 29 et vendredi 30 octobre, le centre hospitalier de Mayotte tient ses stands contre l'accident vasculaire cérébral place de la République, à Mamoudzou. On y prendra la tension des passants, on y dépistera le diabète, une diététicienne y donnera des conseils. C'est la troisième édition de ces journées, et je les crois utiles. Elles laissent pourtant de côté le service capable de soigner l'AVC le jour où il survient. Sur ce point, l'hôpital doit aux Mahorais un bilan que je n'ai trouvé nulle part.

Les manques que l'hôpital avait lui-même recensés en 2021

La filière AVC du CHM existe depuis fin 2016. Le projet d'établissement 2021-2025, daté de juin 2021, en décrit le fonctionnement. L'alerte thrombolyse est protocolisée aux urgences et en amont au Samu, et un dispositif de télé-AVC permet aux urgentistes d'administrer le traitement avec l'expertise à distance des neurologues du CHU de La Réunion.

Le même document recense aussi les difficultés. On y lit qu'« aucun médecin neurologue n'est installé à Mayotte », que « l'absence d'unité neuro vasculaire (UNV) ne permet pas de mettre en œuvre les recommandations de l'HAS », qu'aucune IRM publique n'est disponible en urgence l'après-midi et que la thrombectomie est impossible, « ce qui n'est pas conforme aux recommandations scientifiques ».

Le plan d'action prévoyait d'« identifier une UNV de 4 à 5 lits en lien avec le CHU de La Réunion », de recruter des médecins spécialisés en neurologie, de créer une équipe pluridisciplinaire et une consultation post-AVC.

En octobre 2024, Mayotte Hebdo rapportait que 349 patients avaient été admis au CHM pour un AVC en 2023, presque un par jour. Le taux de thrombolyse était passé de 4 % en 2013 à 14 %. La thrombectomie, qui consiste à retirer le caillot par voie artérielle, restait impossible. Le docteur Nassim Bamoudou, chef du service de soins de suite et de réadaptation, expliquait qu'elle doit être faite par un « neurologue spécialisé, un professionnel qu'on ne trouve pas à Mayotte ». Le service de rééducation de Pamandzi, ouvert en juin 2021, comptait dix places.

Le 28 octobre 2026, Mayotte la 1ère donne la parole à Anfouwat Houmadi, infirmière de ce service et référente des journées. Elle constate que les AVC « sont en constante évolution ici et arrivent de plus en plus jeune ». L'article ne dit rien d'une unité neurovasculaire ni d'un neurologue. Je n'ai trouvé ni dans la presse ni dans les documents publics aucune annonce de l'ouverture de l'une ou de l'arrivée de l'autre.

Les chiffres

  • 349 patients admis au CHM pour un AVC en 2023 (Mayotte Hebdo, 30 octobre 2024)
  • 159,9 AVC pour 100 000 habitants, en incidence standardisée, sur 2013-2017 (Santé publique France, BEH 2022)
  • 52 % des patients victimes d'AVC sur 2013-2017 avaient moins de 65 ans (Santé publique France, BEH 2022)
  • 88,5 % des patients étaient hypertendus, et 57 % d'entre eux seulement étaient traités (Santé publique France, BEH 2022)
  • 59,6 ans d'âge moyen en rééducation après un AVC, contre 73 ans en métropole (Mayotte Hebdo, 30 octobre 2024)

Des malades jeunes, soignés à distance

Les chiffres de Santé publique France publiés en février 2022 décrivent une population frappée tôt. L'âge moyen de survenue y est de 62 ans chez les hommes et de 63 ans chez les femmes. Le projet d'établissement relevait de son côté des AVC hémorragiques fréquents chez des sujets d'environ 50 ans, liés à une hypertension non traitée ou mal suivie. Les auteurs de l'étude notent que le traitement de l'hypertension était plus fréquent chez les patients affiliés à la Sécurité sociale. On met souvent ce défaut de soins sur le compte de la négligence des malades. Il dépend aussi de l'accès aux droits et aux médecins.

Ces patients perdent des années de travail et d'autonomie quand l'AVC laisse des séquelles, et le CHM rappelait lui-même en 2021 que l'AVC est la première cause de handicap non traumatique de l'adulte. L'unité neurovasculaire et la thrombectomie servent à réduire ces séquelles, et c'est leur absence que le projet d'établissement jugeait contraire aux recommandations. Une circulaire ministérielle du 22 mars 2007 définit l'unité neurovasculaire comme le service qui assure « en permanence, 24 heures sur 24 » la prise en charge des patients à la phase aiguë. Malgré 349 admissions en 2023, aucune annonce publique n'est venue confirmer l'ouverture de la petite unité que l'hôpital jugeait nécessaire cinq ans plus tôt.

Le 16 mai 2025, le CHM a réalisé sa première intervention de neurochirurgie sur place, grâce à une convention d'assistants partagés et à un partenariat avec le CHU Sud Réunion, et annonçait vouloir étendre ces compétences aux urgences cérébrales, selon Outremers360. Cette méthode a permis une première en neurochirurgie. Je ne vois pas ce qui empêcherait de l'appliquer à l'AVC, calendrier à l'appui.

Le projet d'établissement inscrivait la prévention parmi ses actions, aux côtés des lits et des recrutements. Des trois, c'est la seule que l'on voit chaque mois d'octobre sur une place publique.

Ce que répondent les autres

Le CHM présente ses journées comme une action de prévention centrée sur l'hypertension, le diabète, l'activité physique et la reconnaissance des signes d'alerte, selon Mayotte la 1ère. En 2024, le docteur Nassim Bamoudou soulignait l'amélioration de la prise en charge, avec un taux de thrombolyse passé de 4 % en 2013 à 14 % en 2024, et pointait aussi le suivi des traitements. Beaucoup de Mahorais « ne prennent pas toujours leur traitement », disait-il à Mayotte Hebdo. Aucune réaction publique de la direction du CHM ni de l'ARS de Mayotte sur l'unité neurovasculaire prévue en 2021 n'a été trouvée à la date de publication.

Ce que j'attends de l'hôpital et de l'ARS

Nous, Mahorais, avons droit à la même chaîne de soins que n'importe quel patient frappé d'un AVC dans l'Hexagone. Le projet d'établissement 2021-2025 est arrivé à son terme, et son volet AVC doit être évalué publiquement.

Je demande au directeur général du CHM de publier, avant le 31 décembre 2026, l'état de la filière AVC. Combien de patients ont été admis en 2024 et en 2025, combien ont été thrombolysés, combien ont été transférés à La Réunion pour une thrombectomie, et dans quels délais. Il doit aussi dire si l'unité neurovasculaire de 4 à 5 lits figure dans le prochain projet d'établissement, avec quelle date d'ouverture et combien de postes de neurologue.

Le directeur général de l'ARS de Mayotte doit de son côté préciser, dans le même délai, le financement qu'il réserve à cette unité et à un circuit de thrombectomie organisé avec le CHU de La Réunion.

Sources

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