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Un sac de bœuf par foyer, ce que la crise de Longoni coûte aux familles mahoraises

Pendant plusieurs jours, la viande bovine a été rationnée dans des supermarchés de Mamoudzou. En cause, selon Mayotte Hebdo, les tensions au port de Longoni et les embouteillages de Kawéni. Le retour à la normale ne doit pas faire oublier la fragilité d'une île nourrie par un seul quai.

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Un sac de bœuf par foyer, ce que la crise de Longoni coûte aux familles mahoraises
Photo : Port de Longoni — Frédéric Ducarme, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Dans le congélateur d'un supermarché de Mamoudzou, un écriteau fixait la règle il y a quelques jours. Un seul sac de viande de bœuf de dix kilos par foyer, vendu presque 100 euros. La scène est rapportée par Mayotte Hebdo, qui a fait le tour des rayons froids de Kawéni et du Baobab ces derniers jours. L'enseigne concernée assure qu'il ne s'agissait pas d'une restriction arbitraire mais d'une façon de servir le plus de familles possible.

Le journal parle d'une gêne momentanée plutôt que d'une pénurie. Dès le mardi 6 octobre au matin, les congélateurs étaient de nouveau remplis. L'épisode mérite pourtant qu'on s'y arrête, car il dit beaucoup de la manière dont Mayotte se nourrit.

Ce que l'on sait

Selon Mayotte Hebdo, la raréfaction de la viande bovine importée viendrait de deux causes qui se sont additionnées. D'abord le bras de fer entre le Département et les manutentionnaires Mayotte Channel Gateway (MCG) et Manu-Port au port de Longoni, qui n'aurait pas permis aux grandes enseignes de récupérer leurs conteneurs à temps. Ensuite les travaux du Caribus à Kawéni, qui limitaient fortement la circulation des poids lourds à l'entrée nord de Mamoudzou. Ces explications n'ont pas été confirmées officiellement par le port ou par la préfecture, elles restent donc à prendre avec prudence.

Les prix relevés par le journal donnent une idée de l'effort demandé aux ménages. Les portions de deux kilos et quelques, emballées dans des sachets transparents, se vendaient entre 22 et 30 euros. Une habitante de M'tsapéré y décrit une viande devenue « presque du caviar » depuis trois mois. Le poulet, lui, ne manquait pas, et l'agneau restait disponible mais plus cher.

Le contexte portuaire est connu. Le 2 juin 2026, la cour administrative d'appel de Bordeaux a confirmé la résiliation de la délégation de service public confiée à MCG, en jugeant ses manquements « graves » et « persistants », comme l'a rapporté Mayotte Hebdo. Depuis le 1er septembre, c'est l'Établissement public du port de commerce de Mayotte (EPPCM) qui gère Longoni. Le premier jour a mal commencé. Les manutentionnaires de Manu-Port, filiale de MCG, ont refusé de prendre leur poste en invoquant des questions d'assurance et de sécurité, tandis qu'un litige sur le logiciel d'exploitation du terminal bloquait la sortie des conteneurs. Un responsable de MCG avait alors averti que la situation, si elle durait, pourrait conduire à des pénuries.

Une île qui mange ce que le port veut bien lui livrer

À Mayotte, presque tout ce qui finit dans l'assiette arrive par conteneur, puis remonte la RN1 vers Mamoudzou dans des camions. La chaîne est courte et il n'existe pas de plan de secours. Qu'un maillon cède, et c'est le rayon qui se vide. Le port dépend de quelques acteurs, la route vers le chef-lieu d'un seul axe, et les stocks des enseignes de quelques jours d'avance.

Le rationnement a l'avantage d'être juste en apparence, puisque chaque foyer a droit à sa part. Mais il frappe d'abord ceux qui ne peuvent pas acheter d'avance, ceux qui n'ont pas de voiture pour faire trois magasins, ceux qui vivent loin de Mamoudzou. Quand une denrée devient rare, son prix grimpe et ce sont les ménages modestes qui renoncent. Dans un département où le coût de la vie est déjà un sujet de colère, chaque épisode de ce genre entame un peu plus la confiance.

Le changement de gestionnaire à Longoni était nécessaire. La justice a parlé deux fois et l'intérêt général l'exigeait. Mais une transition aussi sensible se prépare des mois à l'avance, avec les assurances, les logiciels et les équipes prêts le jour J. Que des conteneurs aient pu rester bloqués au premier jour montre que ce travail n'était pas entièrement fait, quelle que soit la part de responsabilité de chacun.

Notre avis

L'épisode de la viande rouge est mineur, et c'est justement pour cela qu'il faut l'écouter. Il a suffi de quelques jours de tension au port et d'un chantier routier pour que des familles soient rationnées. Imaginons la même chose avec le riz, le lait infantile ou les médicaments.

Le Département, désormais responsable du port à travers l'EPPCM, doit rendre des comptes simples et réguliers. Combien de conteneurs en attente, quel délai moyen de sortie, quels incidents. Ces chiffres existent et devraient être publics chaque semaine tant que la transition n'est pas stabilisée. La population a le droit de savoir si les difficultés sont derrière nous.

Il revient aussi à l'État et à la Ville de Mamoudzou de traiter la logistique comme une priorité dans le plan de circulation du Caribus. Les camions qui ravitaillent l'île ne sont pas des véhicules comme les autres.

Des pistes concrètes

Un tableau de bord public du port, mis à jour chaque semaine, permettrait de suivre la fluidité de Longoni. Des créneaux de livraison de nuit ou de très tôt le matin pour les poids lourds, en dehors des heures de pointe de Kawéni, réduiraient le risque de rupture. Un stock de sécurité pour une liste de produits de première nécessité, négocié avec les grandes enseignes et contrôlé par la préfecture, éviterait que chaque crise devienne une course aux rayons. À plus long terme, le soutien à l'élevage et à l'abattage locaux reste la seule réponse durable, même si personne ne prétend que Mayotte pourra un jour se passer des importations.

Les congélateurs sont pleins cette semaine. Tant mieux. Le vrai test sera la prochaine secousse.

Sources

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