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Une piste longue à 1,2 milliard ne fera pas baisser le billet de Mayotte sans obligation de service public

Le rapport du député Jiovanny William relève sur Paris-Mayotte un marché très concentré, des allers-retours jusqu'à 2 139 euros et 0,42 voyage par habitant et par an. Sa proposition d'obligation de service public doit être tranchée par le gouvernement avant la fin de l'année.

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Une piste longue à 1,2 milliard ne fera pas baisser le billet de Mayotte sans obligation de service public
Photo : Aéroport de Mayotte en vue haute — Yanis 45-976, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le 24 septembre 2026, le député socialiste de la Martinique Jiovanny William a remis à la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, son rapport intitulé « Évolution du prix du billet d'avion ». Six mois de travail, une commande du Premier ministre et quatorze recommandations. Les chiffres consacrés à Mayotte, détaillés le 20 octobre par Le Journal de Mayotte, méritent d'être lus de près, au moment où le Parlement débat du budget 2027.

Une ligne à part dans la carte des outre-mer

Selon la dépêche de l'AFP reprise par Marine & Océans, le rapport estime à près de 45 % la hausse des prix depuis 2019. Il attribue l'essentiel de la hausse constatée depuis 2021 aux coûts, d'abord au kérosène, et conclut que les compagnies ne pratiquent pas de « surmarges ». Ramené au kilomètre, le tarif reste « structurellement comparable » à celui des autres long-courriers. La concurrence fonctionne sur la plupart des lignes, sauf à Mayotte et, à un degré moindre, en Guyane.

Pour la ligne Paris-Mayotte, l'indice de concentration du marché atteignait 0,608 en 2024, d'après les éléments du rapport publiés par Le Journal de Mayotte. Un aller-retour en haute saison a pu monter à 2 139 euros selon les relevés de la mission. Les Mahorais effectuent en moyenne 0,42 voyage aérien par an et par habitant, contre 1,6 pour les Antillais.

La taxe de solidarité sur les billets, dite « taxe Chirac », est passée de 2,63 euros par passager en 2022 à 7,40 euros en 2026 sur les vols entre l'Hexagone et les outre-mer, soit 181 % de plus, rapporte le Journal de Saint-Barth. La baisse de cette taxe accordée depuis le 1er juin aux lignes sous obligation de service public ne concerne pas les outre-mer. L'Agence de l'outre-mer pour la mobilité (LADOM) disposait de 67 millions d'euros en 2025 pour l'ensemble des territoires ultramarins, contre 187 millions pour la Corse.

Parmi les quatorze propositions, l'une vise directement l'île. Le rapport préconise une obligation de service public (OSP) sur les liaisons entre l'Hexagone et Mayotte, un outil qui permet d'imposer des capacités et d'encadrer les tarifs. Il demande aussi que les transporteurs transmettent leurs données de coûts sous le contrôle de la DGAC, un cadre juridique pour la tarification dynamique et un quota de sièges à prix plancher pour les bénéficiaires de LADOM.

Les chiffres

  • 0,608, indice de concentration du marché sur Paris-Mayotte en 2024 (rapport William, cité par Le Journal de Mayotte)
  • 2 139 euros, prix d'un aller-retour en haute saison relevé par la mission (Le Journal de Mayotte)
  • 0,42 voyage par an et par habitant à Mayotte, contre 1,6 aux Antilles (Le Journal de Mayotte)
  • De 2,63 à 7,40 euros par passager, la taxe de solidarité entre 2022 et 2026 (Journal de Saint-Barth, AFP)
  • 67 millions d'euros pour LADOM en 2025, contre 187 millions pour la Corse (AFP)

Un marché verrouillé que la piste longue ne corrigera pas

Je lis ce rapport en gardant à l'esprit le dossier de la piste longue. Le projet d'aéroport à piste longue est chiffré à 1,2 milliard d'euros. Mais une piste n'oblige aucune compagnie à baisser ses prix. Sur une ligne où l'indice de concentration dépasse 0,6, rien ne garantit que le passager mahorais paie seulement le prix du kérosène, et faute de concurrence comme de données publiques, personne ne peut le vérifier.

Le rapport conclut à l'absence de surmarges, mais il range lui-même Mayotte parmi les exceptions à la concurrence. Pour notre ligne, je doute que cette conclusion vaille sans réserve. La mission s'est d'ailleurs vu opposer quasi systématiquement le « secret des affaires » par les compagnies. Sans ces données, le coût réel d'un siège entre Dzaoudzi et Paris reste inconnu du public.

Le chiffre de 0,42 voyage par habitant est à mes yeux le plus lourd du document. J'y lis le signe que l'avion, seul lien rapide avec l'Hexagone et La Réunion, reste un luxe pour une grande partie des familles. Un étudiant admis dans une université de l'Hexagone, un malade orienté vers un spécialiste, une famille appelée à un deuil achètent souvent au dernier moment, au tarif le plus haut que fixe la tarification dynamique.

La comparaison avec la Corse dit le reste. L'île de Beauté reçoit près de trois fois plus d'argent public que LADOM pour une population huit fois plus petite que celle des outre-mer réunis. La continuité territoriale n'est donc pas financée de la même façon partout.

Le Parlement examine en ce moment le budget 2027. Le 16 octobre, le député Marcellin Nadeau (GDR), rapporteur pour avis de la commission du développement durable, a déposé en commission des finances un amendement qui ajouterait 5 millions d'euros en autorisations d'engagement (2 millions en crédits de paiement) pour des études et opérations préparatoires à l'amélioration de la desserte aérienne de Mayotte. Le sort de cet amendement n'était pas connu à la date de publication. Ces crédits n'auront d'effet sur les prix que si la question de l'OSP est tranchée en même temps.

Ce que répondent les autres

La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a salué « un travail sérieux, précis, qui met sur la table des solutions concrètes ». Elle a ajouté : « Nous allons maintenant les expertiser rapidement pour transformer celles qui peuvent l'être en décisions. Parmi elles, la baisse de la TSBA pour les résidents des Outre-mer est une piste sur laquelle je suis particulièrement optimiste. » Le député Jiovanny William juge pour sa part que les compagnies ne réalisent pas de « surmarges » et que son rapport « opérationnel » pourra servir « à ce gouvernement ou au prochain ». Aucune réaction publique des compagnies desservant Mayotte au volet mahorais du rapport n'a été trouvée à la date de publication.

Ce que j'attends de Paris avant la saison des fêtes

La baisse de la taxe Chirac pour les résidents serait bienvenue. Elle ne touchera pourtant que quelques euros sur un billet qui en coûte parfois plus de deux mille. Pour Mayotte, la recommandation qui compte est l'obligation de service public, parce qu'elle seule peut imposer des capacités et des plafonds de prix sur une ligne que le marché ne discipline pas.

Je demande donc à la ministre des Outre-mer de publier, avant le 31 décembre 2026, la liste des recommandations du rapport William que le gouvernement retient et celles qu'il écarte, avec ses raisons. Je demande au ministre chargé des transports d'engager avant cette date les consultations préalables à une obligation de service public sur Paris-Mayotte, et de mettre en œuvre sans attendre la recommandation qui oblige les transporteurs à transmettre leurs données de coûts à la DGAC, avec une publication agrégée par ligne. Je demande enfin aux deux députés de Mayotte de porter en séance, lors de l'examen de la mission Outre-mer du budget 2027, un amendement relevant la dotation de continuité territoriale de LADOM, pour que les familles mahoraises puissent voyager à Noël à un autre prix que celui affiché en septembre.

Sources

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