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Vingt-deux enquêteurs vont mesurer la santé mentale des Mahorais, sans date annoncée pour les résultats

Lancée le 22 octobre par l'ARS avec un centre collaborateur de l'OMS, l'enquête FIKIRA interrogera à domicile 1 100 adultes et 400 adolescents, en français ou en shimaoré, dans une île qui compte 23 psychologues pour 100 000 habitants. Rien n'est dit de l'orientation des personnes repérées en détresse.

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Vingt-deux enquêteurs vont mesurer la santé mentale des Mahorais, sans date annoncée pour les résultats
Photo : The Kawéni Tree — Emily Cooper, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Vingt-trois psychologues pour 100 000 habitants à Mayotte, cent huit dans l'Hexagone. Le chiffre figure dans la présentation de FIKIRA, l'enquête que l'Agence régionale de santé a lancée le 22 octobre avec l'Observatoire régional de la santé et le Centre collaborateur de l'OMS pour la recherche et la formation en santé mentale, rattaché à l'EPSM Lille-Métropole, selon Mayotte la 1ère. L'ARS l'accompagne de deux autres données de cadrage, 77 % d'habitants sous le seuil de pauvreté national et un chômage à 29 %.

Je salue cette enquête sans hésiter, et je veux qu'elle aille au bout. Vingt-deux enquêteurs-traducteurs formés par le centre lillois vont rencontrer chez eux 1 100 adultes tirés au sort sur toute l'île, ainsi que 400 jeunes de 11 à 17 ans. Chacun pourra répondre en français ou en shimaoré. L'étude doit mesurer la fréquence de la dépression, de l'anxiété, de l'état de stress post-traumatique, des troubles psychotiques et des troubles liés aux substances. Mayotte n'a jamais disposé, d'après l'ARS, d'une étude descriptive de ce type en population générale.

Le choix de méthode compte, parce que les études sur la santé mentale des Mahorais restent rares, selon l'ARS, et que la souffrance psychique se voit surtout quand elle arrive aux urgences du CHM, chez des patients déjà en crise. Aller frapper chez des habitants tirés au sort et leur parler dans leur langue coûte plus cher qu'un questionnaire en ligne. Les résultats, eux, pourront être opposés à n'importe quel arbitrage budgétaire.

Chido a déjà laissé une première mesure

FIKIRA arrive après un premier travail mené en mars 2025, trois mois après le cyclone, par des chercheurs en psychologie clinique qui avaient interrogé 302 personnes représentatives par l'âge et le type d'habitat, avec l'association Haki Za Wanatsa. Mayotte Hebdo en avait publié les principaux résultats. Les hommes présentaient un syndrome de stress post-traumatique dans 69 % des cas, contre 45 % chez les femmes, un écart que les auteurs jugeaient « inhabituel » après une catastrophe naturelle. Les personnes de nationalité étrangère apparaissaient plus touchées. La population exprimait, « quasiment à l'unisson », le sentiment de n'avoir pas été aidée après Chido.

Un an et demi plus tard, je ne connais aucun dispositif public annoncé à la mesure de ces chiffres. Ce site rappelait le 17 octobre que les trente lits de psychiatrie promis pour 2023 sont désormais attendus en 2028. Le 19 octobre, nous racontions comment des musiciens et des bénévoles tiennent l'écoute dans les villages, avec leurs moyens. Les chiffres de FIKIRA serviront à défendre des postes devant le ministère et la Sécurité sociale, qui pourront difficilement contester une pénurie mesurée auprès de 1 500 habitants.

Ce que la présentation laisse en blanc

La communication de l'ARS promet que les résultats « seront rendus publics » et feront l'objet de restitutions auprès des soignants, des élus et de la population. Elle ne donne pas de date et ne dit pas ce qui arrivera à la personne interrogée qui confiera des idées noires à l'enquêteur assis dans son salon. Dans une île où un rendez-vous chez un psychologue relève de l'exploit, cette question pèse lourd. Un enquêteur ne peut pas repartir en laissant seulement un numéro de téléphone national.

Pour les adolescents, l'ARS parle elle-même d'« amorcer » la connaissance, et quatre cents jeunes de 11 à 17 ans restent un premier échantillon. Dans une île aussi jeune, où des écoles fonctionnent encore par rotations depuis Chido, il serait regrettable que les résultats sur les adolescents restent trop fragiles pour fonder des décisions. L'ARS devrait dire dès maintenant si un second volet, plus large, est prévu pour eux.

Beaucoup de familles hésitent à parler de troubles psychiques à un inconnu, par pudeur ou par crainte du regard du village. Le recours au shimaoré lèvera une partie de ces réticences, et une campagne d'information sur Mayotte la 1ère, dans les mosquées et par les associations, menée avant le passage des enquêteurs, éviterait qu'on leur ferme la porte.

J'attends de l'ARS des engagements écrits. Le plus urgent est un protocole public d'orientation pour toute personne repérée en détresse pendant les entretiens, avec le nom du service qui la prendra en charge. L'agence doit aussi fixer une date de publication des premiers résultats, que je propose avant l'été 2027. Le prochain projet territorial de santé mentale devra contenir des objectifs de recrutement chiffrés, calés sur ce que FIKIRA aura mesuré, pour que le ratio de vingt-trois psychologues pour 100 000 habitants cesse d'être une donnée de cadrage. Je lui demande de répondre sur les deux premiers points avant la fin de la collecte, et d'annoncer d'ici là la date à laquelle celle-ci s'achèvera.

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