Travaux

À Dembéni, 3,5 millions d'euros pour rénover des écoles que l'arrêté ne nomme pas

En quelques jours, la préfecture a signé onze arrêtés du fonds de refondation post-Chido, pour près de 8,6 millions d'euros. Dembéni en reçoit les deux tiers, et l'argent ne sera versé que sur justificatifs, en deux tranches, 2026 et 2027.

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À Dembéni, 3,5 millions d'euros pour rénover des écoles que l'arrêté ne nomme pas
Photo : Mamoudzou Cavani4 230802 — Vincent Clavier, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Un arrêté préfectoral qui accorde 3 481 154,16 euros pour rénover « les écoles de la commune de Dembéni » sans dire lesquelles laisse les parents dans le flou, et il serait simple d'y remédier. C'est pourtant ce que décrit L'info Kwezi à la lecture des deux arrêtés publiés le 13 octobre au titre du Fonds de refondation de Mayotte post-Chido. Le journal le note sobrement : « Les établissements scolaires concernés ne sont pas précisés dans l'arrêté. » Dans une île où les familles de Vahibé attendent depuis des mois les ouvriers promis pour leur école, savoir quelle salle de classe sera refaite, et quand, fait partie du service public.

Les montants, eux, sont précis au centime. Le coût total de la rénovation des écoles de Dembéni est estimé à 4 164 060 euros, financé à 83,60 % par l'État. La subvention est découpée en deux tranches, 1 044 346,25 euros en 2026 et 2 436 807,91 euros en 2027. Le second arrêté accorde 897 397,24 euros pour « la prise en charge des frais d'immobilisation et de diverses dépenses » liés au projet T22 à Hajangoua, une opération estimée à 1 073 441,68 euros, avec le même taux et le même étalement sur deux ans. L'intitulé dit peu de chose du projet lui-même, et le sigle T22 reste opaque pour qui n'a pas le dossier sous les yeux.

La même semaine, la préfecture a publié neuf arrêtés pour un peu plus de 4,19 millions d'euros, d'après un second article de L'info Kwezi. Dembéni y figure encore, avec 1,28 million pour les plateaux sportifs de Dembéni et d'Ongojou. Dzaoudzi reçoit 887 216 euros pour le nettoyage des espaces publics. Mtsamboro obtient 547 070 euros pour le ramassage des déchets après Chido et 195 034 euros pour sa mairie centrale. Sada touche 542 732 euros pour remettre en état et sécuriser le plateau polyvalent de Mangajou. Mamoudzou bénéficie de trois financements, un peu plus de 414 000 euros au total, pour l'école maternelle de Passamaïnty Stade, le complexe sportif de Cavani et le groupe scolaire de M'Gombani. Koungou reçoit près de 320 000 euros pour le bâtiment de sa police municipale. Ces aides couvrent environ 80 % du coût des opérations.

Mis bout à bout, les onze arrêtés représentent près de 8,6 millions d'euros, dont environ 5,7 millions pour la seule commune de Dembéni. On peut y voir la preuve que le fonds commence à irriguer les communes, quatorze mois après la loi de refondation du 11 août 2025. Lors du bilan d'étape dressé par l'État fin septembre, Mayotte la 1ère relevait toutefois que de nombreux chantiers n'étaient pas encore lancés.

L'argent arrive sur justificatifs

Une phrase de l'arrêté de Dembéni devrait retenir l'attention des maires. Les subventions « seront versées progressivement, en fonction de l'avancement des projets et sur présentation des justificatifs ». Je ne conteste pas une règle qui protège l'argent public, mais elle suppose que la commune avance la dépense, paie les entreprises, puis attende le remboursement. Pour une petite commune mahoraise, cette avance peut retarder un chantier plus sûrement qu'un défaut de subvention. Les 547 070 euros versés à Mtsamboro pour le ramassage des déchets, ou les 887 216 euros de Dzaoudzi pour le nettoyage, couvrent d'ailleurs des opérations menées après le cyclone, que ces communes ont déjà dû porter. L'État a la possibilité d'étudier une avance de trésorerie à la notification pour les communes les plus fragiles, afin que le paiement sur justificatifs ne bloque pas les travaux qu'il est censé financer.

Les plateaux sportifs occupent une place frappante dans la liste, à Dembéni, à Ongojou, à Mangajou, à Cavani, et le choix se défend, car dans les villages le plateau est souvent le seul espace public où les jeunes se retrouvent hors de la rue, et les clubs y organisent entraînements et compétitions. Encore faut-il que ces équipements rouvrent avec un éclairage et un gardiennage prévus dès le départ, sans quoi l'équipement risque de se dégrader de nouveau.

Pour les écoles, l'attente pèse plus lourd encore, puisque les élèves de Passamaïnty Stade, de M'Gombani et des écoles de Dembéni ont fait leur deuxième rentrée depuis le cyclone. Leurs parents ont le droit de savoir quels travaux sont prévus pendant les vacances, lesquels attendront 2027, et quelle entreprise interviendra. Rien n'empêche la mairie de Dembéni de publier, avant les vacances de décembre, la liste des écoles concernées par les 3,48 millions d'euros et le calendrier des deux tranches, dont la première, 1 044 346,25 euros, est inscrite pour 2026. J'aimerais que la préfecture fasse de même à l'échelle de l'île, avec un tableau unique des subventions du fonds de refondation, commune par commune, indiquant la date de l'arrêté, le montant versé à ce jour et l'état d'avancement du chantier.

Sources

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