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À Kawéni, les violences arrêtent d'abord les chantiers destinés aux jeunes du quartier

Stade, maison des sports de Bazama, École de la deuxième chance et plateforme de services urbains sont à l'arrêt depuis les affrontements du 6 octobre. La Ville de Mamoudzou en appelle aux parents mais ne donne aucune date de reprise ni de livraison.

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À Kawéni, les violences arrêtent d'abord les chantiers destinés aux jeunes du quartier
Photo : Mamoudzou Kaweni 150402 — Vincent Clavier, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Les chantiers que la Ville de Mamoudzou a dû arrêter cette semaine à Kawéni sont presque tous destinés aux jeunes du quartier, ce que son communiqué ne souligne pas assez. Le stade, la maison des sports de Bazama Bandrajou, l'École de la deuxième chance et la plateforme de services urbains devaient offrir des terrains et des formations à une jeunesse qui en manque, et ils sont aujourd'hui sans ouvriers.

Les faits sont rapportés par Le Journal de Mayotte et par Mayotte Hebdo, qui reprennent tous deux le communiqué municipal. Mardi 6 octobre, des affrontements ont éclaté entre la MJC de Kawéni et le lycée des Lumières, en marge des blocages d'établissements scolaires. Les entreprises présentes ont suspendu leurs travaux et retiré leur personnel, la commune estimant que les conditions de sécurité ne permettaient plus de poursuivre sans exposer les équipes et le matériel. La mairie redoute des retards cumulés et un report de la mise en service. Elle condamne les violences et appelle à une « responsabilité collective », en visant notamment les parents dans l'encadrement des mineurs.

Le stade promis entre la MJC et le lycée des Lumières

Les pierres ont volé là où la Ville concentre une partie de ses réponses au désœuvrement des adolescents. La MJC de Kawéni est l'une des deux de la commune que le maire, Ambdilwahedou Soumaïla, présentait au printemps comme réellement investies par les jeunes, au point de devoir « refuser des programmations », dans un entretien accordé à Flash Infos. Il y annonçait aussi le lancement du chantier du stade de Kawéni, deuxième grand stade de Mamoudzou après celui de Tsoundzou, et chiffrait à 600 le nombre de jeunes déscolarisés dans la commune.

Certains en concluront que le quartier « casse ce qu'on lui construit », et je trouve ce raccourci injuste pour les milliers d'habitants de Kawéni qui attendent ces équipements. Les affrontements du 6 octobre sont nés dans le sillage d'un mouvement lycéen qui dénonce depuis des semaines l'état des établissements. Pour les familles du quartier, la conséquence reste pourtant la même, puisque chaque semaine d'arrêt repousse l'ouverture d'un lieu attendu et risque d'alourdir la facture d'entreprises que la reconstruction sollicite déjà de toutes parts.

L'appel aux parents est juste sur le fond, car aucune politique publique ne remplace l'autorité familiale, et je regrette qu'il tienne lieu de seule réponse d'une collectivité qui pilote ces chantiers. Un habitant de Kawéni qui lit le communiqué ignore quand les travaux reprendront et de combien la livraison du stade risque de glisser.

Ce que la mairie peut annoncer dès la reprise

Je demande un calendrier public. Pour chaque chantier, la Ville peut indiquer la date d'arrêt, la reprise prévue et l'échéance de livraison actualisée. Un tel document engage la collectivité et permet aux habitants de mesurer ce que les violences leur coûtent, en semaines de retard sur leurs propres équipements.

Avant la reprise, la Ville a aussi à s'entendre avec la police nationale et sa police municipale sur la sécurité des sites. Les entreprises ont besoin de savoir qu'un dispositif est prévu les jours de mobilisation lycéenne, faute de quoi elles continueront à replier leurs équipes au premier signe de tension, ce qui est leur droit.

À plus long terme, la Ville pourrait associer davantage les jeunes du quartier à ces chantiers. Les marchés publics permettent d'inscrire des heures d'insertion réservées à des habitants éloignés de l'emploi. Sur un stade ou une maison des sports à Kawéni, quelques dizaines de contrats pour des jeunes de Bazama ou de Lazérévouni feraient de ces équipements une affaire de quartier. J'ai du mal à croire qu'un jeune qui a coulé le béton d'une tribune laisse caillasser son stade quand la tension monte devant le lycée. L'École de la deuxième chance pourrait prendre le relais une fois ouverte.

L'État doit de son côté une réponse aux lycéens sur l'état des établissements, qui est à l'origine du mouvement. Tant que les établissements de Kawéni manqueront de l'essentiel, les journées de blocage reviendront, et avec elles le risque de nouveaux débordements aux abords des chantiers.

Le communiqué de la Ville ne donne aucune date de reprise. À sa prochaine séance, le conseil municipal de Mamoudzou a de quoi réclamer un point d'étape écrit sur les chantiers de Kawéni et le détail des surcoûts constatés depuis le 6 octobre.

Sources

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