Land planning

Avec NF Habitat Mayotte, la brique de terre revient, mais pour 900 logements seulement

Le référentiel lancé le 8 octobre à Dembéni par l'EPRD et Cerqual mise sur la ventilation naturelle, les logements traversants et la terre crue. L'île compte pourtant 36 % d'habitat fragile et 1 400 logements sociaux, et la certification reste volontaire et payante.

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Avec NF Habitat Mayotte, la brique de terre revient, mais pour 900 logements seulement
Photo : Mamoudzou résidence — Vincent Clavier, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

À Labattoir, sur Petite-Terre, la Société immobilière de Mayotte (SIM) achève une résidence de 47 logements baptisée « Domaine de Khristal ». Lancé en 2022, le programme devrait être terminé d'ici la fin de l'année, selon Mayotte la 1ère. Il est devenu la première opération mahoraise certifiée NF Habitat HQE en phase de conception, et c'est sur son exemple qu'a été bâti le référentiel NF Habitat Mayotte, lancé jeudi 8 octobre à la technopôle de Dembéni lors des deuxièmes Rencontres de l'Établissement public de reconstruction et de développement (EPRD).

Le texte, élaboré à partir de celui de La Réunion puis adapté avec la SIM, Action Logement (AL'MA), des architectes, des bureaux d'études et l'Ademe, fixe des exigences sur le confort thermique, l'humidité, la qualité de l'air, l'acoustique, la performance énergétique et la durabilité des matériaux, détaille Mayotte Hebdo. Il valorise la ventilation naturelle, les logements traversants, la protection des façades et des toitures contre la chaleur, les économies d'eau et la brique de terre crue. L'ambition affichée consiste à concevoir des logements confortables sans recourir systématiquement à la climatisation. La matinée s'est conclue par la signature d'une convention entre l'EPRD et Cerqual Qualitel Certification, l'organisme qui délivre la marque.

J'applaudis sans réserve l'orientation technique. Un logement traversant, bien ventilé, protégé du soleil par une double toiture et construit en brique de terre, répond aux besoins des familles mahoraises sous un climat où la facture de climatisation pèse lourd et où l'électricité est produite au fioul. Les participants l'ont rappelé en citant les logements construits par la SIM dans les années 1980, en brique de terre compressée avec une double toiture, et dont le coût de construction était présenté comme moins élevé qu'aujourd'hui.

36 % d'habitat fragile et 1 400 logements sociaux

L'Insee permet de mesurer l'écart avec les besoins. Selon son étude publiée en juin 2026 et citée par Mayotte Hebdo, l'habitat fragile représentait 36 % des logements de l'île début 2024, avant même Chido, et Mayotte ne comptait que 1 400 logements sociaux, soit moins de 2 % des résidences principales. La SIM promet que 900 logements seront à terme concernés par la certification. Rapportée à ces besoins, la promesse reste modeste, et une certification volontaire, que le maître d'ouvrage choisit et paie, ne touchera pas les milliers de familles qui reconstruisent seules, en tôle, sur des terrains dont elles ne sont pas propriétaires.

Mayotte Hebdo note que la certification ne remplace ni les règles d'urbanisme ni les autorisations de construire. Le label concerne les seules opérations qui en ont les moyens. Le président de l'Assemblée de Mayotte et de l'EPRD, Ben Issa Ousséni, a appelé selon Le Journal de Mayotte à « prendre en compte les atouts et les richesses du territoire » et à faire de la dynamique de construction « une opportunité pour développer les compétences et créer des emplois ». Je ne vois pas comment y parvenir si les exigences du référentiel restent cantonnées aux programmes certifiés.

Les logements financés par la ligne budgétaire unique pourraient être tenus de respecter les critères essentiels du référentiel mahorais, la ventilation naturelle et la protection solaire au premier rang, sans forcément payer la certification elle-même, et la même règle vaudrait pour les équipements de l'EPRD comme pour les écoles reconstruites avec des crédits de l'État. La seconde table ronde des Rencontres évoquait justement le collège de Bouéni et l'extension du siège du rectorat. Les classes surchauffées des établissements mahorais justifient de commencer par les bâtiments scolaires.

Pour la brique de terre crue, le référentiel a besoin de briqueteries capables d'en produire en quantité et de maçons formés à la poser, avec l'accord des bureaux de contrôle. L'EPRD dit vouloir « lever les blocages », selon son directeur Benoît Gars, et le manque de production locale en est un très concret. Un plan de relance de la filière, avec des commandes publiques garanties sur plusieurs années, donnerait aux artisans la visibilité qui leur manque pour investir et embaucher.

Le financement du logement social lui-même m'inquiète davantage que le contenu du référentiel. L'Union sociale pour l'habitat relevait, dans des propos rapportés par Le Journal de Mayotte, que seuls 105,9 millions d'euros d'autorisations d'engagement de la ligne budgétaire unique avaient été notifiés en 2026 pour l'ensemble des outre-mer, sur 236,25 millions votés.

Pour comparer le Domaine de Khristal à une résidence classique et convaincre les autres bailleurs sur pièces, je souhaite que la SIM et l'EPRD publient les relevés de température intérieure et de consommation d'eau de ses 47 logements pendant la première année d'occupation, qui commencera avec la livraison attendue avant le 31 décembre 2026.

Sources

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