Le 31 octobre, les footballeuses du FC M'tsapéré joueront le match le plus important de leur saison devant un public qui ne sera pas le leur. Cette rencontre de Coupe de France féminine contre la Saint-Pauloise devait se tenir à Mayotte. La Fédération française de football l'a finalement envoyée à La Réunion, après plusieurs réunions avec la préfecture et la Ligue mahoraise, raconte Le Journal de Mayotte. Aucun stade de l'île n'est homologué pour ce niveau de compétition, selon le journal, et la solution de repli à Sada a été écartée après les heurts du 26 septembre entre supporters de l'AS Sada et du Bandrélé FC.
« On n'a pas très bien vécu ce changement, même s'il y avait des rumeurs qu'on allait partir à La Réunion », reconnaît Djadid Abdourraquib, le président du club. À Mayotte, la décision passe pour une faveur faite à des Réunionnais « qui n'avaient pas l'intention de venir dès le départ », relève le journal. L'un des entraîneurs réunionnais, Frédéric Catronia, avait contesté cette lecture la semaine précédente, tout en confirmant que son club avait demandé « des garanties » de sécurité. Je n'ai aucun moyen de trancher ce procès d'intention. Pour le club, la difficulté se trouve surtout dans les papiers.
Car un déplacement à La Réunion n'a pas le même coût pour toutes les joueuses de l'effectif. Celles qui sont étrangères, même en situation régulière à Mayotte, ne peuvent pas se rendre dans l'Hexagone ou à La Réunion sans visa. « Ça va nous lancer dans beaucoup de démarches administratives. On a aucune certitude d'avoir tous les visas ou laissez-passer à temps », explique le président. À La Réunion, le règlement sportif local limite en outre le nombre de joueuses étrangères alignées, rappelle l'entraîneur Mickaël Salim. L'an dernier, contre la même équipe de Saint-Paul, le club n'avait pas pu faire jouer tout le monde, et avait perdu 4 à 0. Pour compléter le groupe, M'tsapéré compte sur deux licenciées parties récemment étudier à La Réunion. Le départ est fixé au jeudi 29 octobre.
Le football mahorais vit cet automne au rythme des délocalisations. Le 10 octobre, le match rejoué entre Sada et Bandrélé s'est tenu à huis clos à Labattoir, sans débordement selon Mayotte la 1ère, mais il a déjà produit une réserve technique sur un but de la 89e minute et un recours devant le tribunal administratif, dont la décision est attendue cette semaine. La finale régionale de la Coupe de France reste annoncée pour le samedi 17 octobre, sans lieu communiqué à ce stade. Ce site revenait le 10 octobre sur le déplacement en urgence d'un match à Mtsahara. Avec M'tsapéré, l'affaire change d'échelle puisqu'une compétition nationale quitte l'île faute d'équipement aux normes, et la sanction tombe sur des joueuses qui ne sont pour rien dans les violences de septembre.
Je pense que la Fédération a pris une décision prudente, et probablement la seule possible à trois semaines du match. Elle aurait pu, en revanche, s'accompagner d'un engagement pratique. La préfecture, qui a participé aux réunions, sait mieux que personne combien de temps prend une demande de visa ou de laissez-passer pour une résidente de Mayotte. Elle pourrait traiter en priorité les dossiers des joueuses convoquées, sur une liste nominative transmise par la Ligue. La Ligue mahoraise devrait publier l'état exact de l'homologation de chaque stade de l'île et les travaux qui manquent pour atteindre le niveau requis. Les dirigeants du FCM disent ne voir aucun chantier d'enceinte sportive en cours. S'ils se trompent, il suffit de leur montrer le calendrier.
Les terrains de quartier, où se forment les futures joueuses, ne vont guère mieux. À Bouéni, le plateau sportif inauguré en mai 2021 reste fermé depuis que Chido a arraché une partie de sa couverture toute neuve, rapporte Mayotte Hebdo. Le club de handball n'a pas pu engager ses moins de 16 ans ni ses moins de 14 ans cette saison. Le maire, Mirhane Ousséni, assure que la réparation est financée par une subvention de l'État et espère rouvrir au début de 2027, si les toiles commandées dans l'Hexagone arrivent à temps.
Sans calendrier de travaux pour les stades, chaque tour de Coupe de France gagné par un club mahorais se transformera en voyage, avec son lot de visas incertains et de quotas, et les clubs de l'île cesseront de recevoir chez eux. Mickaël Salim promet malgré tout d'aller « jusqu'au bout ». Son club a seize jours pour réunir les papiers de ses joueuses avant l'avion du 29 octobre.
Sources
- “On n'a pas très bien vécu ce changement”, réagissent les dirigeants du FC M'tsapéré — Le Journal de Mayotte
- Football : un nouveau litige pour le match entre Bandrélé et Sada — Mayotte la 1ère
- À Bouéni, le plateau sportif inachevé, les clubs en sursis — Mayotte Hebdo

