Quatre voix d'écart. Le 8 octobre, lors de la journée réservée au groupe Rassemblement national, l'Assemblée nationale a rejeté par 160 voix contre 156 la proposition de résolution sur l'accès à l'eau potable dans les territoires ultramarins, a rapporté l'AFP, reprise par Mayotte la 1ère. Le texte, enregistré le 8 septembre sous le numéro 3116, avait pour première signataire Anchya Bamana, députée RN de la deuxième circonscription de Mayotte. Les députés LR et Horizons l'ont soutenu, selon la même dépêche.
Une résolution n'a pas de valeur contraignante et ne pouvait pas être amendée. Son article unique invitait le gouvernement, selon la lecture qu'en a faite en séance Corinne Vignon (EPR), à « mettre en œuvre sans délai l'ensemble des prérogatives, dispositifs et moyens dont dispose l'État pour mettre fin à l'urgence sanitaire en outre-mer tenant aux difficultés persistantes d'accès à l'eau potable […] ».
Trente heures d'eau sur soixante-douze
Le compte rendu de séance contient plusieurs données sur l'île. Jean-Michel Brard (Horizons) a déclaré : « Depuis le 18 juillet, dans la plupart des secteurs de Mayotte, l'eau n'est plus distribuée que trente heures sur soixante-douze. » Il a ajouté que « la dernière retenue d'eau collinaire a vu le jour en 2001 ». Corinne Vignon a rappelé que « près d'un habitant sur trois n'a pas d'accès direct à l'eau potable ». Anchya Bamana a cité les 221 cas de choléra recensés en 2024 par Santé publique France, dont 199 acquis localement.
Carole Guillerm (Les Démocrates) a détaillé les moyens engagés. Selon elle, le plan Eau Mayotte représente pour 2024-2027 « un montant cumulé de 730 millions d'euros d'investissement afin de financer la deuxième usine de dessalement à Ironi Bé, la troisième retenue collinaire et la récupération des eaux de pluie ».
Les chiffres
- 160 voix contre 156, rejet de la résolution le 8 octobre 2026 (AFP, Mayotte la 1ère)
- 30 heures d'eau sur 72 dans la plupart des secteurs depuis le 18 juillet (Jean-Michel Brard, Assemblée nationale)
- 730 millions d'euros prévus par le plan Eau Mayotte 2024-2027 (Carole Guillerm, Assemblée nationale)
- 37 millions d'euros de crédits européens Feder engagés pour Ironi Bé, sur un total de 100 millions (réponse ministérielle du 8 avril 2026)
- 2001, mise en service de la dernière retenue collinaire de l'île (Jean-Michel Brard, Assemblée nationale)
Une échéance de 2026 qui s'éloigne
En septembre 2024, Mayotte Hebdo rapportait l'objectif d'une usine d'Ironi Bé capable de produire 10 000 mètres cubes par jour « d'ici 2026 », et une fin des tours d'eau « en 2026 au plus tard ». À moins de trois mois de la fin de 2026, les robinets de la plupart des secteurs restent fermés plus de la moitié du temps, d'après Jean-Michel Brard.
La dernière réponse du gouvernement que j'ai trouvée sur ce chantier a été donnée en séance le 8 avril 2026. À la question orale n° 683 d'Anchya Bamana, le ministre délégué Benjamin Haddad, qui suppléait la ministre des Outre-mer, a répondu que le chantier de l'usine « se poursuit » et que les marchés de maîtrise d'œuvre de l'usine et du barrage de la troisième retenue collinaire avaient été notifiés. Il a annoncé 74 millions d'euros pour 2026. Aucune date de mise en service n'y figure.
Le débat du 8 octobre a mis des mots sur ce décalage. Carole Guillerm a estimé que « ce qui manque avant tout désormais, c'est la capacité à transformer les crédits en chantiers, et ces chantiers en eau au robinet ». La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a demandé à son tour : « Comment fait-on pour que les investissements se traduisent plus rapidement par des travaux, et les travaux, par une amélioration réelle du service public de l'eau ? » Une députée du bloc central et la ministre situent donc elles-mêmes le blocage dans l'exécution des chantiers, une fois les crédits votés.
Corinne Vignon a rappelé que l'eau relève des intercommunalités depuis les lois NOTRe et « engagement et proximité », et que les pouvoirs de substitution de l'État sont « strictement encadrés ». À Mayotte, le service est porté par Les Eaux de Mayotte, syndicat intercommunal. Mais l'État cofinance ces grands ouvrages avec les fonds européens et a piloté la crise de 2023 par sa cellule interministérielle de crise. L'échéance de 2026 pour Ironi Bé avait été affichée publiquement. L'État ne peut donc pas se ranger derrière la répartition des compétences quand glissent les échéances des ouvrages qu'il finance.
Ce que répondent les autres
Anchya Bamana a défendu son texte en séance : « Cette question n'appartient à aucun camp politique. » Elle a conclu : « Chers collègues, il y a urgence ! » Après le vote, le député RN Yoann Gillet a accusé « la gauche et les macronistes » de traiter les ultramarins en Français de seconde zone, selon l'AFP. Elie Califer (Socialistes) a qualifié la résolution de « texte d'affichage » et a plaidé pour une opération d'intérêt national, à l'image de la demande des élus de Guadeloupe. La ministre Naïma Moutchou a déclaré : « En réalité, nous savons ce qu'il faut faire. Nous avons engagé des moyens importants et des résultats commencent à être obtenus […]. » Aucune réaction publique des Eaux de Mayotte sur ce débat n'a été trouvée à la date de publication.
Une date pour Ironi Bé
Adoptée, cette résolution non contraignante n'aurait obligé le gouvernement à rien. Je juge plus grave qu'il n'existe, à ma connaissance, près de deux ans après Chido, aucune date publique de mise en service pour Ironi Bé. Les Mahorais organisent leurs journées autour des plannings de coupures, et le calendrier des ouvrages censés y mettre fin devrait être aussi précis.
Je demande à la ministre des Outre-mer de publier avant le 31 décembre 2026 un calendrier daté de l'usine d'Ironi Bé et de la troisième retenue collinaire, avec la production attendue en mètres cubes par jour à chaque étape. Le préfet de Mayotte et le président des Eaux de Mayotte devraient, eux, rendre public chaque mois, à partir de novembre 2026, l'état d'avancement de ces deux chantiers et la part des 730 millions d'euros du plan Eau Mayotte effectivement payée.
Sources
- Entrée au Panthéon de Zéna M'Déré, accès à l'eau en Outre-mer : tous les textes du RN rejetés pour sa journée réservée — Mayotte la 1ère
- Proposition de résolution n° 3116 sur l'accès à l'eau potable dans les territoires ultramarins — Assemblée nationale
- Question orale n° 683, Manque d'eau à Mayotte, réponse du 8 avril 2026 — Assemblée nationale
- Crise de l'eau : « Hors de question que nous passions en force sur ce projet d'Ironi Bé » — Mayotte Hebdo
- Séance publique, Mme Anchya Bamana, 8 octobre 2026 (Accès continu à l’eau potable dans les territoires ultramarins › Discussion générale) — Assemblée nationale
- Séance publique, Mme Anchya Bamana, 8 octobre 2026 (Accès continu à l’eau potable dans les territoires ultramarins › Discussion générale) — Assemblée nationale
- Séance publique, Mme Corinne Vignon, 8 octobre 2026 (Accès continu à l’eau potable dans les territoires ultramarins › Discussion générale) — Assemblée nationale
- Séance publique, M. Elie Califer, 8 octobre 2026 (Accès continu à l’eau potable dans les territoires ultramarins › Discussion générale) — Assemblée nationale
- Séance publique, Mme Carole Guillerm, 8 octobre 2026 (Accès continu à l’eau potable dans les territoires ultramarins › Discussion générale) — Assemblée nationale
- Séance publique, M. Jean-Michel Brard, 8 octobre 2026 (Accès continu à l’eau potable dans les territoires ultramarins › Discussion générale) — Assemblée nationale
- Séance publique, Mme Naïma Moutchou, 8 octobre 2026 (Accès continu à l’eau potable dans les territoires ultramarins › Discussion générale) — Assemblée nationale

