Travaux

Trente heures d'eau sur soixante-douze, et les chantiers de Mayotte toujours sans calendrier public

La résolution sur l'eau outre-mer a été rejetée à quatre voix près. La ministre assure que l'argent ne manque pas, mais l'usine d'Ironi Bé n'est attendue qu'en octobre 2027 et la retenue d'Ourovéni n'a pas de date affichée.

Version audio
Partager
Trente heures d'eau sur soixante-douze, et les chantiers de Mayotte toujours sans calendrier public
Photo : Retenue collinaire de Dzoumogné — Plg56, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Trente heures d'eau, puis quarante-deux heures de robinets secs. C'est le rythme imposé à la plupart des secteurs de Mayotte depuis le 18 juillet, et c'est un député de Loire-Atlantique qui l'a rappelé jeudi dans l'hémicycle. Jean-Michel Brard (Horizons & Indépendants) a décrit en séance publique, le 8 octobre, des familles qui vivent « au rythme des tours d'eau, en remplissant des bidons dès que le réseau est ouvert ». Il a aussi rappelé en séance : « à Mayotte, la dernière retenue d'eau collinaire a vu le jour en 2001 ».

Vingt-cinq ans sans nouveau grand stockage, alors que la population a fortement augmenté depuis, et c'est bien de cela qu'il a été question jeudi.

La proposition de résolution défendue par la députée de Mayotte Anchya Bamana (Rassemblement national) demandait au gouvernement de mobiliser « sans délai » tous les moyens de l'État, au besoin en suppléant les collectivités défaillantes. Elle a été rejetée par 160 voix contre 156, selon Mayotte la 1ère, malgré le soutien des groupes LR et Horizons. Les opposants lui reprochaient surtout son absence de chiffres et de calendrier. Corinne Vignon (Ensemble pour la République) a résumé l'objection en séance : « Le problème ne réside pas dans le manque d'argent mais dans la capacité à le transformer en chantiers. » Elle s'appuyait sur le plan Eau DOM, dont à peine 56 % des subventions engagées depuis 2016 ont été consommées, tous territoires confondus.

La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a tenu un discours très proche sur ce point. Elle a rappelé les 730 millions d'euros prévus pour l'eau à Mayotte entre 2025 et 2031 dans la loi de refondation, puis a déclaré, selon Mayotte Hebdo et Le Journal de Mayotte : « À Mayotte, nous n'avons plus besoin d'ajouter des annonces aux annonces. Nous avons besoin de faire aboutir les projets engagés. » Elle assure qu'aucun crédit nécessaire n'a manqué en 2026.

Ironi Bé, Ourovéni et les dates qui glissent

Deux ouvrages vont décider de l'avenir des tours d'eau. La seconde usine de dessalement, à Ironi Bé, doit fournir 10 000 mètres cubes par jour à sa mise en service, puis jusqu'à 16 000 à terme d'après les chiffres cités pendant les débats. En décembre 2025, lors d'une visite de la ministre sur le site, Mayotte Hebdo indiquait que cette mise en service était prévue en octobre 2027, après un an de retard dû à la crise de 2023 et six mois de plus après Chido. À la même date, le syndicat estimait à 38 000 mètres cubes l'eau distribuée chaque jour, pour une consommation de 47 000. La troisième retenue collinaire, à Ourovéni, doit stocker 3 millions de mètres cubes. Sa date de mise en eau n'a pas été donnée jeudi.

Ces deux projets sont portés par le syndicat Les Eaux de Mayotte, maître d'ouvrage, tandis que l'exploitation du réseau est confiée à la Société mahoraise des eaux. L'État finance et accompagne. Avec trois acteurs sur les mêmes dossiers, aucun habitant n'est en mesure aujourd'hui de savoir où en est précisément un chantier dont dépend sa douche du lendemain.

C'est sur ce terrain que j'attends l'État et le syndicat d'ici les deux prochaines saisons sèches. Il manque aux Mahorais un calendrier public, tenu à jour, qui dise chaque mois où en sont les travaux et ce qui les retarde.

Publier l'avancement des chantiers chaque mois

Le syndicat et la préfecture devraient d'abord publier, chaque mois, l'état d'avancement d'Ironi Bé, d'Ourovéni, des forages et des réparations de fuites, avec la date prévue de mise en service, la date initiale et l'explication de chaque écart. La ministre dit vouloir suivre elle-même les calendriers et les obstacles. Qu'elle rende ce suivi public, et les élus locaux comme les usagers pourront enfin juger sur pièces.

En attendant Ironi Bé, Jean-Michel Brard a cité l'équipement en cuves de 13 000 foyers vulnérables à partir de janvier 2027. Cette date tombe au milieu de la saison des pluies, ce qui permettrait de remplir les cuves avant le retour de la sécheresse. Encore faut-il que la liste des foyers soit établie dès maintenant avec les CCAS, et que les communes sachent qui installe, qui entretient et qui contrôle la qualité de l'eau stockée. Une cuve mal entretenue devient un gîte à moustiques.

Plus modestement, la SMAE et le CCAS d'Acoua tiennent des permanences du 12 au 16 octobre, puis le 22 octobre, pour que les habitants du nord-ouest puissent régler une facture ou poser une question sans aller jusqu'à Mamoudzou, rapporte Mayotte la 1ère. L'initiative est modeste. Elle mériterait d'être étendue à toutes les communes éloignées, car un abonné qui comprend sa facture et ses droits accepte mieux les contraintes du réseau.

Le vote de jeudi s'est joué à quatre voix. Pour les habitants de Mayotte, la seule échéance qui compte est celle d'Ironi Bé, annoncée pour octobre 2027, et la première publication d'un calendrier vérifiable des chantiers peut intervenir dès ce mois-ci.

Sources

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le :

Partager

La semaine de Chef Bé

Chaque samedi matin, les articles les plus lus de la semaine sur Mayotte, dans votre boîte e-mail. Gratuit, sans publicité, désinscription en un clic.

Hiçbir yorum bulunamadı
Annoncez sur Chef Bé dès 5 €, votre marque devant tout MayotteAnnonce Chef Bé