Circulation

Kawéni arrive au bout de sa circulation alternée et personne ne sait ce qui vient après

La circulation alternée imposée à Kawéni pendant les travaux du Caribus prend fin ce dimanche 11 octobre. Aucune prolongation n'a été annoncée publiquement. Avec un chantier prévu sur trois ans, les usagers ont droit à un bilan chiffré et à un plan lisible plutôt qu'à des mesures annoncées au coup par coup.

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Kawéni arrive au bout de sa circulation alternée et personne ne sait ce qui vient après
Photo : Mamoudzou Kaweni 150402 — Vincent Clavier, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Cinq à six heures pour un trajet. Ce n'est pas un usager excédé qui l'affirme mais la Ville de Mamoudzou elle-même, qui justifiait ainsi en septembre le retour de la circulation alternée dans le secteur de Kawéni. La mesure, entrée en vigueur le mercredi 16 septembre, s'arrête ce dimanche 11 octobre. À trois jours de l'échéance, aucune annonce publique ne dit si elle sera prolongée, adaptée ou abandonnée.

Ce que l'on sait

Le dispositif, détaillé par Mayotte Hebdo, s'applique du lundi au jeudi, de 5 heures à 17 heures. Les plaques impaires circulent les lundis et mercredis, les paires les mardis et jeudis. Il concerne la RN1 entre le carrefour du boulevard Mawana-Madi et de la rue de la Barge et le rond-point Carrefour, ainsi que la RD14 entre la côte SOGEA et le rond-point SFR. Les riverains de Kawéni et des Hauts-Vallons, les véhicules professionnels, les services publics et de secours, ainsi que les personnes à mobilité réduite en sont exemptés sur justificatif.

La décision a été prise après une réunion avec les acteurs économiques de Kawéni et les syndicats le 8 septembre, puis validée à l'unanimité le 10 septembre par la préfecture, le rectorat, la DEALM, le Département, la Cadema, les forces de l'ordre et le SDIS. Une enquête en ligne menée les 9 et 10 septembre a réuni 1 408 participants, dont 55 % favorables. La Ville promettait des actions de suivi pendant toute la durée de la mesure.

Le contexte, lui, ne va pas s'alléger. La deuxième phase nord du Caribus, entre le rond-point Méga et le rond-point SFR, doit durer environ trois ans selon la Cadema, qui la présentait le 20 août dans un autre article de Mayotte Hebdo. La route nationale y est passée à sens unique, de Majicavo vers Mamoudzou. Le chantier prévoit des voies réservées aux bus, cinq kilomètres de pistes cyclables et l'enfouissement des réseaux d'eau, d'assainissement et d'éclairage. Son président, Ambdilwahedou Soumaïla, prévenait alors que la circulation alternée serait actionnée « s'il faut l'actionner ».

Les effets du chantier débordent largement de la chaussée

Les embouteillages de Kawéni ne sont pas qu'une affaire d'automobilistes impatients. Ils se retrouvent dans plusieurs dossiers de la semaine. D'après Mayotte Hebdo, les restrictions de circulation des poids lourds à l'entrée nord de Mamoudzou auraient contribué à la récente raréfaction de viande bovine dans les supermarchés. Dans les lycées mobilisés, des élèves racontent des journées commencées à 5 heures dans le bus et terminées vers 20 heures. Et le 6 octobre, la casse d'une canalisation par un engin de chantier à Kawéni a encore rappelé combien ce secteur concentre de réseaux sensibles.

Dans ce contexte, la circulation alternée est un outil utile mais limité. Elle réduit le nombre de voitures aux heures de pointe, à condition que les contrôles suivent. Elle ne règle ni l'absence d'alternative routière à la RN1, ni la faiblesse de l'offre de transports collectifs pour ceux qui viennent du nord ou du centre de l'île. Ceux qui en souffrent le plus sont les salariés sans dérogation qui n'ont pas d'autre moyen de rejoindre leur travail dans la zone d'activité de Kawéni.

Surtout, on ne sait pas si elle a marché. La Ville avait promis de suivre ses effets. Un mois plus tard, aucun chiffre public ne dit si les temps de trajet ont baissé, combien de verbalisations ont été dressées, ou si les commerces de la zone ont retrouvé de l'activité.

Notre avis

Un chantier de trois ans ne se gère pas avec des arrêtés de quatre semaines annoncés au dernier moment. Les usagers ont besoin de visibilité pour organiser leurs horaires, leur covoiturage, la garde de leurs enfants. Les entreprises en ont besoin pour planifier leurs livraisons. Annoncer à quelques jours d'une échéance qu'une mesure est reconduite, ou qu'elle s'arrête, oblige chacun à vivre au jour le jour.

Nous pensons que la circulation alternée doit être évaluée publiquement avant toute décision. Si elle a réduit les temps de parcours, il faut la prolonger, pour toute la durée des phases les plus pénalisantes du chantier, avec un calendrier connu. Si elle n'a rien changé, il faut le dire et chercher autre chose. Dans les deux cas, la Cadema et la Ville doivent parler d'une seule voix.

Le Caribus est un bon projet. Mamoudzou a besoin de bus qui roulent sur leur propre voie, de pistes cyclables et de réseaux enterrés capables de résister au prochain cyclone. Mais un bon projet peut perdre le soutien de la population s'il donne l'impression d'être subi plutôt qu'expliqué.

Des pistes concrètes

La première serait de publier, avant dimanche, un bilan simple de ces quatre semaines, avec des temps de trajet mesurés et le nombre de contrôles. La deuxième, de présenter un plan de circulation couvrant au moins le trimestre, avec les grandes étapes du chantier et les mesures associées. Les navettes gratuites et le réseau interurbain M'safara pourraient être renforcés aux heures où les lycéens et les salariés en ont le plus besoin, en lien avec le Département. Des créneaux réservés aux poids lourds de ravitaillement, tôt le matin, protégeraient l'approvisionnement de l'île. Enfin, la prime vélo d'environ 300 euros annoncée par la Cadema mériterait d'être lancée vite, avec des itinéraires sécurisés, faute de quoi elle restera une bonne intention.

Les habitants de Kawéni vont vivre avec ce chantier jusqu'en 2029. Ils ont au moins droit de savoir, le vendredi, comment ils pourront circuler le lundi.

Sources

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